Il suffit quelquefois de prédire un événement pour le faire arriver. J'avais annoncé la Révolution de 1830 et, comme on ne cite que le prophéties qui réussissent, on m'en donna les gants.

Je chargeai un secrétaire de confiance d'aller s'assurer si Charles X était encore à Saint-Cloud ou sur la route de Rambouillet, et le troisième jour, 29 juillet 1830, je fis porter ce billet à madame Adélaïde:

«Que votre frère vienne demain aux Tuileries en lieutenant-général; le reste viendra tout seul.»

L'envoyé me rapporta les paroles de la sœur du roi:

«Ah! ce bon prince! j'étais bien sûre qu'il ne nous oublierait pas.»

Mon conseil fut suivi; le fils de Philippe-Égalité se risqua, et je saluai le Gouvernement de Juillet comme l'héritier indirect de la Révolution, malgré les épigrammes des anciens émigrés:

On voit à Chantilly l'étrange panoplie
Du sabre de Jemmape avec son parapluie.

Louis-Philippe pouvait dire comme Cromwell:

Le roi d'un peuple libre est un roi légitime.

M. Thiers n'est pas un parvenu, il est arrivé.