Dans le même temps, j'écris à lord Grenville, qui me considérait comme un hôte dangereux:
Je suis venu à Londres pour y jouir de la paix et de la sûreté personnelle, à l'abri d'une constitution protectrice de la liberté et de la propriété. J'y existe, comme je l'ai toujours été, étranger à toutes les discussions et à tous les intérêts de parti, et n'ayant pas plus à redouter devant les hommes justes la publicité d'une seule de mes opinions politiques que la connaissance d'une seule de mes actions.
L'habileté est une jolie chose quand elle s'appuie sur la force. Au lendemain, Pitt m'applique l'Alien Bill sans autre forme de procès, et ne me donne que vingt-quatre heures pour quitter le territoire anglais, où il n'y a de poli que l'acier. Comme si les Anglais ne nous avaient pas donné l'exemple de Charles Ier.
J'appelle Courtiade, mon valet de chambre, et connaissant ses manies formalistes, je brusque la situation.
—Ma malle est-elle bouclée?
—Oui, Monseigneur.
—Je pars sur l'heure; vous pourrez faire tranquillement vos adieux à votre femme, et vous me rejoindrez par le premier paquebot.
—Non, non, Monseigneur, je vous suivrai, je ne vous laisserai pas partir seul; je ne demande qu'un court délai, jusqu'à demain.
—Les heures sont comptées pour moi; prenez vos dispositions.
—C'est bien de cela qu'il s'agit! s'écrie Courtiade, pleurant et gesticulant; cette maudite blanchisseuse a emporté toutes vos chemises fines et vos cravates de mousseline; quelle figure Monseigneur ferait-il dans un pays étranger?