—Et celle de la bergère?
—Pas moi; il vaut mieux envoyer les hommes paître que de les y mener.
Cette rencontre me rappela le souvenir de madame de Brionne: «Paysanne tant qu'on voudra, bourgeoise, jamais.»
On ne m'y reprendra plus à faire des révolutions pour les autres.
LE DIRECTOIRE
Madame de Staël.
Juin 1795.—Au bout de deux ans d'exil, d'inaction et d'ennui, à la veille de passer aux Grandes-Indes, Thermidor apparaît comme un arc-en-ciel, mieux, comme une aurore boréale. Le dernier coup de bascule a décapité Robespierre. Le volcan révolutionnaire ne crache plus, mais une colonne de fumée légère témoigne qu'il n'est pas éteint. J'adresse à la Convention une pétition pour obtenir ma rentrée en France, et j'écris à madame de Staël, très en faveur auprès du Directoire:
«Si je reste encore ici un an, j'y meurs.»
Elle est touchée, fait appuyer ma requête par Marie-Joseph Chénier, l'un des deux frères ennemis de la tragédie révolutionnaire, dont les Hymnes n'ont pu effacer les Iambes d'André. M. J. Chénier fait un rapport, rappelle mes services et, plus heureux pour ma cause que pour celle de son frère, obtient un décret de rentrée qui termine mon exil; aussi, c'est de bon cœur que je lui pardonne son épigramme:
L'adroit Maurice, en boitant avec grâce,
Aux plus dispos pouvait donner leçons;
À front d'airain unissant cœur de glace,
Fait, comme on dit, son thème en deux façons.
Dans le parti du pouvoir arbitraire,
Furtivement il glisse un pied honteux;
L'autre est toujours dans le parti contraire,
Mais c'est le pied dont Maurice est boiteux.