No 3 ter.—le roi louis xviii au prince de talleyrand.
Paris, le 21 octobre 1814.
Mon cousin,
J'ai reçu vos numéros 4 et 5.
La preuve la plus certaine que votre note du 1er octobre était bonne, c'est qu'elle a déplu aux plénipotentiaires des cours ci-devant alliées, et qu'en même temps elle les a forcés de revenir un peu[276] sur leurs pas; mais ne nous endormons pas sur ce succès. L'existence de la ligue dont vous me parlez dans le numéro 4 est démontrée à mes yeux, et surtout le projet de se venger sur la France, ut sic, des humiliations que le directoire et bien davantage Buonaparte[277] ont fait subir à l'Europe. Jamais je ne me laisserai réduire là; aussi j'adopte très fort l'idée de la déclaration et je désire que vous m'en envoyiez[278] le projet plus tôt que plus tard. Mais ce n'est pas tout[279]; il faut prouver qu'il y a quelque chose derrière, et, pour cela, il me paraît nécessaire de faire des préparatifs pour porter au besoin l'armée sur un pied plus considérable que celui où elle est maintenant.
Je vous ferai incessamment écrire par M. de Jaucourt la lettre que vous désirez; mais, entre nous, je dépasserais[280] les stipulations du 11 avril[281], si l'excellente idée des Açores[282] était mise à exécution.
Je serai fort satisfait si l'on rend Parme, Plaisance et Guastalla au jeune prince[283]; c'est son patrimoine. La Toscane était un bien peu justement acquis.
L'infortuné Gustave IV[284] m'a annoncé son intention de venir ici sous peu de jours. Si l'on en parle à Vienne, vous pouvez hardiment affirmer que ce voyage ne cache aucune stipulation politique, mais que jamais ma porte ne sera fermée à qui m'ouvrit toujours la sienne.
Je ne finirai pas cette lettre sans vous exprimer[285] ma satisfaction de votre conduite. Sur quoi je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde.
louis.