No 44.—LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS XVIII.

Vienne, le 23 mars 1815 (au soir).

Sire,

Cette lettre est portée à Votre Majesté par un courrier prussien qui part aujourd'hui.

Je viens d'avoir communication d'une lettre de Bonaparte, écrite tout entière de sa main à[161] Marie-Louise. Elle est du 11, datée de Lyon, et annonçant qu'il serait à Paris vers le 21. Cette lettre qu'il a fait remettre par le général Songeon[162], qui a trahi Votre Majesté, a été portée par un officier du 7e de hussards nommé Nyon à M. de Bubna[163], qui l'a fait parvenir ici. Elle est écrite dans deux vues: la première, de faire croire à son armée et à ses partisans qu'il est en relation avec l'Autriche; la seconde, de persuader à l'Autriche qu'il a une immensité de partisans en France. A cette lettre, étaient jointes une foule de proclamations toutes horribles. Il parle d'une lettre antérieure, mais qui n'est point parvenue[164].

A Lyon, ses forces étaient composées du 14e de hussards; des 23e, 24e, 5e, 7e et 11e de ligne; chacun de ces régiments n'ayant pas plus de mille hommes. Cela, joint avec ce qu'il avait déjà, lui donne une armée au plus de neuf à dix mille hommes. (Je[165] parle à la date du 11.)

On annonçait qu'il se dirigeait vers le Charolais, dont en général l'esprit ne passe pas pour être très bon. Il était encore à Lyon le 13.

Ici, l'accord est parfait[166]: Votre Majesté peut y compter; je lui en réponds.

Pour accélérer les affaires, l'empereur de Russie a proposé de rédiger en traité particulier entre la Russie, l'Autriche et la Prusse, les stipulations relatives à la Pologne. Cela a été convenu à la conférence de ce matin. Cet accord particulier prendra place dans le traité général.