M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Berlin, le 1er mars 1832.

»Mon prince,

»Je n'ai qu'un moment avant le départ du courrier pour vous annoncer qu'un courrier russe, qui a passé ici ce matin à quatre heures, porte au comte Orloff l'ordre de déclarer au roi des Pays-Bas: «que l'empereur a vu avec une extrême affliction le projet de traité communiqué à la conférence par les plénipotentiaires hollandais[344]; qu'il considère que le roi, en se refusant à admettre comme convenue la séparation politique de la Belgique, remet en question toutes les négociations suivies par les puissances depuis dix-huit mois; qu'agir ainsi, c'est vouloir la guerre et non la paix, et que, si le roi n'abandonne pas cette proposition inadmissible, l'empereur pourra bien se considérer comme affranchi des engagements qui le lient et modifier sur plusieurs points les instructions du comte Orloff, particulièrement dans cette disposition essentielle de ne reconnaître le roi Léopold qu'après qu'il l'aurait été par le roi des Pays-Bas lui-même.»

»Le chargé d'affaires de Russie à La Haye fera cette communication si le comte Orloff a déjà quitté cette ville pour se rendre à Londres....»

LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT.

«Londres, le 1er mars 1832.

»Il n'y a point de nouvelles. La malle de Hollande est en retard de cinq jours. Je ne sais quel jour arrivera le comte Orloff, mais on l'attend chez les Lieven qui donnent des bals pour prouver que sa venue à Londres leur fait plaisir. Le fait est qu'ils en sont très peinés. Je persiste dans l'opinion que tout s'arrangera et, à peu de jours près, dans le temps que je vous ai indiqué.

»Le roi de Bavière accepte pour son fils Othon la couronne de Grèce[345]; c'est un choix dans lequel le désintéressement des puissances se montre, ce qui était nécessaire à faire, et d'ailleurs, le seul prince de l'Europe qui se soit montré favorable aux Grecs est le roi de Bavière. Je n'ai point indiqué ce choix, mais je m'y suis prêté, faute de mieux. Le prince Paul de Wurtemberg n'était pour personne un choix qui inspirât de la confiance; le prince Frédéric des Pays-Bas ne voulait pas; le prince de Saxe[346] et le margrave Guillaume de Bade[347] avaient refusé. Bolivar[348] était mort. Qui pouvait-on prendre?»

Le 6 mars 1832.