»Quel sort est le vôtre, mon prince, et quelle glorieuse destinée politique a été celle de votre vie! Trois fois, dans les plus grandes circonstances, au milieu des menaces les plus prochaines de dissolution pour ce pays-ci, vous serez intervenu, dirigeant presque seul la barque. Vous l'aurez amenée au port. Cette fois, le service est d'autant plus grand que vous avez lutté et agi d'abord contre une opinion presque générale. Vous avez ramené à vous, non seulement les négociations et les événements, mais encore les opinions. La guerre, en ce moment, est en horreur en France. Le gouvernement peut tout dans l'intérêt de la paix. Tous les partis sont revenus à cette idée. On n'oserait en avouer une autre...»

Écoutons maintenant le duc de Dalberg:

«Paris, le 3 mai 1831.

»... Le vieux renard du Luxembourg (M. de Sémonville)[195] maintient sa prophétie que tout cela n'est pas tenable, et l'accompagne de tant de réflexions qu'on a quelque peine à ne pas se ranger de son avis. Il croit au rappel du petit Aiglon (le duc de Reichstadt) qui ne tiendra pas plus, à ce qu'il croit, mais qui laissera le champ libre à d'autres combinaisons entre les prétendants.

»J'ai la presque certitude que, pendant que nous menacions l'Autriche d'une guerre en Italie, le parti bonapartiste ici, très actif et très remuant, avait obtenu des assurances de secours. On tient maintenant un tout autre langage envers ce parti.

»Si on exige que les Autrichiens quittent les États du pape, les émeutes reprendront sur tous les points. La conduite qu'on tient à Parme et à Modène est absurde[196].

»Casimir Périer avance aussi bien qu'il le peut; mais il a plus de difficulté au-dessus de lui qu'au-dessous.

»Le rappel du général Guilleminot a fait quelque impression. On devrait y mettre Latour-Maubourg[197] qui est à Naples, mais on dit que Sébastiani y enverra son frère[198], ce qui ne conviendra qu'à cette famille...»

«Paris, le 10 mai 1831.

»... L'esprit de parti qui règne ici et qui augmente par la faiblesse du gouvernement, lequel cependant fait ce qu'il peut, rend ce séjour de plus en plus odieux.