»Il est, nous en sommes convenus ensemble, un moyen sûr de le prévenir.

»Que l'Angleterre nous voie, sans en prendre alarme, enlever la citadelle d'Anvers aux Hollandais et la remettre entre les mains des Belges. Si la session prochaine s'ouvre sous de tels auspices, soyez certain d'un triomphe éclatant. S'il nous faut, au contraire, défendre de nouveau à la tribune les délais, les remises, les procrastinations de la diplomatie, notre position sera très périlleuse, et le poids des préventions qui nous attendent en sera très péniblement aggravé. Je ne sais si nous y pourrons résister.

»Lorsque j'ai exposé ces idées, en votre présence, à lord Granville il m'a fait des objections. Il m'a dit: «Mais si l'Europe se fie à votre parole, qui lui répondra que vous resterez au pouvoir assez de temps pour la tenir?»

»A cela voici ma réponse:

»Si l'Angleterre y consent, nous pouvons entrer en Belgique du 20 au 22. Nos troupes sont prêtes, elles le sont déjà; le 26 ou le 27, nous serons sous Anvers; du 8 au 15 de novembre, la citadelle sera à nous; du 16 au 20, nos troupes seront rentrées sur le territoire de France. La session ne s'ouvre que le 19. L'adresse ne viendra pas avant le 1er décembre. Ainsi tout danger de ce côté est nul.

»Lord Granville m'a dit encore: «Mais si les Hollandais vous attaquent pendant le siège, que ferez-vous?»

»Ma réponse sera également simple.

»Si les Hollandais nous attaquent, nous les repousserons jusqu'aux limites du territoire belge. Nous prendrons l'engagement de ne pas avancer un pouce au delà.

»Il serait dit dans le Moniteur qui annoncerait l'entrée de nos troupes en Belgique, qu'elles n'entreront même pas dans Anvers; que la citadelle sera remise aux mains des Belges au moment de la capitulation; que le jour même commencerait notre mouvement rétrograde.

»Lord Granville a paru s'inquiéter encore de l'intervention possible des Prussiens. Mais, d'abord, une expédition conduite avec ce degré de célérité ne leur laisserait pas le temps de concentrer leurs troupes qui sont fort disséminées. En second lieu, nous leur offrons, vous le savez, d'occuper Venloo et toute la partie du territoire hollandais qui se trouve en ce moment au pouvoir des Belges. La réponse à cette proposition ne peut nous parvenir avant trois semaines. Les ordres pour le rassemblement des troupes prussiennes mettraient nécessairement le même temps pour parvenir aux généraux. Notre expédition seraient terminée avant qu'ils fussent en mesure de faire une démonstration sérieuse[8].