«Paris, le 11 avril 1834.

Mon prince,

»Les tourments, depuis quinze jours, ne nous laissent pas en repos. A celui du ministère a succédé celui de Lyon. Je viens avec empressement vous faire part des nouvelles arrivées ce matin, qui sont un succès complet. Les troupes sont maîtresses de toutes les positions; le résultat est assuré, d'après ce que nous mande le préfet, le 9 au soir; mais il y a toujours à gémir de ces victoires-là sur les malheureux qui en sont victimes. Les insurgés étaient retirés et cernés dans quelques petites rues encore, mais où on les aura à discrétion; il est impossible qu'ils y tiennent. Il paraît qu'ils avaient été casser le télégraphe du poste après Lyon; on le suppose parce que depuis hier matin il n'y a pas eu de dépêches télégraphiques...»

LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

«Londres, le 13 avril 1834.

Monsieur le comte,

»Lord Palmerston m'avait invité à passer chez lui ce matin pour m'entretenir d'une affaire qui, m'écrivait-il, méritait tout notre intérêt. Je sors de cette entrevue qui a été assez longue, et je m'empresse de vous en rendre compte.

»Lord Palmerston m'a annoncé qu'il avait reçu, il y a quelques jours, une note du nouveau ministre d'Espagne, le comte de Florida-Blanca. Cette note, qu'il m'a montrée, contient un exposé de l'état actuel de l'Espagne et une invitation au gouvernement anglais de s'unir au gouvernement espagnol pour faire cesser l'agitation qui s'est répandue dans la péninsule, par une guerre active faite en commun contre dom Miguel et don Carlos. C'est la demande formelle d'une intervention armée de l'Angleterre en Portugal.

»Lord Palmerston, après m'avoir fait lire cette pièce, a ajouté que le ministre de Portugal à Londres, M. de Sarmento, avait appuyé cette démarche du cabinet de Madrid, verbalement à la vérité, mais en insistant aussi fortement sur la nécessité de l'intervention armée de l'Angleterre.

»En présence de cette demande simultanée de l'Espagne et du Portugal, m'a dit lord Palmerston, le gouvernement de Sa Majesté britannique a cru ne pouvoir pas tarder davantage à prendre un parti qui lui est commandé par les circonstances; et je suis chargé de répondre aux ouvertures de M. de Florida-Blanca et de M. de Sarmento par un projet de traité à signer entre l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal. Par ce traité, l'Espagne s'engagerait à poursuivre activement et par tous les moyens en son pouvoir l'expulsion de don Carlos et de dom Miguel du Portugal, et de se retirer du territoire portugais aussitôt que ce but serait atteint. Le gouvernement de doña Maria, de son côté, prêterait les mains à l'entreprise de l'Espagne et consentirait à accorder une amnistie générale en Portugal, et une dotation convenable à l'infant dom Miguel, à l'expiration de la lutte. L'Angleterre, enfin, s'engagerait à envoyer des vaisseaux sur les côtes de Portugal et d'Espagne, pour seconder l'armée espagnole et celle de dom Pedro; mais sous la restriction néanmoins qu'elle ne pourrait jamais être appelée à faire débarquer des troupes anglaises sur aucun point de la péninsule.