Dans l'intimité, la Reine était d'une gaieté et d'un charme simples et entraînants. Elle se montrait ainsi dans les randonnées à la campagne, les parties de crocket, les soirées chez elle, et dans sa loge, au théâtre.

Sa bonne humeur ne répugnait pas aux fantaisies d'une nature expansive et généreuse.

Au jour de ma fête, célébrée près d'elle, à Spa, le 25 août 1894, elle voulut marquer cette date heureuse en improvisant une sauterie à l'issue du déjeuner qu'elle avait fait organiser spécialement, non dans sa villa, mais dans une salle réservée d'un hôtel de sa résidence. C'était ainsi plus partie d'agrément. Il n'y avait que mes sœurs et moi, la fille de Stéphanie et la mienne, nos plus belles parures alors.

La Reine fit mettre au piano Clémentine, artiste émérite, et, avisant Gérard, son maître d'hôtel, qui nous avait accompagnées pour diriger le service (c'était un de ces domestiques du temps où les serviteurs se croyaient de la famille, suivant l'étymologie de leur beau titre, affreusement déformé), la Reine dit:

—Gérard, en l'honneur de la fête de la Princesse, vous allez valser.

—Oh! Majesté!

—Si, si. Vous allez valser: un tour avec moi et un tour avec la Princesse.

—Oh! Majesté!

—Quoi? Vous ne savez pas valser?

—Si… Majesté… un peu.