A partir de ce jour, sa santé, si florissante, s'altéra petit à petit. Son âme, portée à se détacher des choses de la terre, s'abîma de plus en plus dans la prière et la contemplation. Elle ne vécut plus guère que dans l'ardente espérance de l'Au-Revoir, là-haut.

La Reine fut toujours une sainte, et bientôt une martyre. Elle souffrit affreusement de la grandeur farouche du Roi, tout à son œuvre royale, dont il se délassait brusquement par un plaisir sans frein, après un labeur sans limite. Nature excessive, et que ne pouvait comprendre une âme tendre. Les malentendus et leurs conséquences vinrent de là.

Contre un tel destin qui ne pouvait aller qu'en s'aggravant, il n'y avait rien à tenter. La vie terrestre connaît d'implacables fatalités.

Quelle que fût la souffrance de la Reine, elle ne diminua pas sa bonté, inspirée du Ciel. Elle put, parfois, céder à la douleur et laisser entendre la plainte de son âme meurtrie; elle put même tenter de se défendre par quelque geste que le public aperçut sans le comprendre. Elle revint bien vite aux pieds du Christ consolateur.

C'est là que je la retrouve et que j'offre le culte de mon amour à cette mère sublime qui grava en moi l'idée ou plutôt la passion des devoirs à remplir, ainsi définis:

D'abord, vis-à-vis de soi-même, la saine et totale liberté, c'est-à-dire la dignité du corps et de l'esprit; puis, la recherche de Dieu, ici-bas, et l'ascension vers Lui, au travers des faiblesses et des erreurs humaines.

O mère bien-aimée, j'ai passé dans la vie et dans la nature sans comprendre les mystères qui nous entourent, mais, suivant votre Loi, j'ai cru, je crois à la présence du Créateur.

IV

LE ROI

Mon père a été plus qu'un grand roi: un grand homme.