—Tu devrais choisir les chapeaux d'Augusta et l'aider, pour ses robes. La pauvre femme est toujours «fagotée comme l'as de pique».

Voilà comment, pendant une assez longue période, l'Impératrice d'Allemagne s'est approvisionnée à Vienne, chez mes fournisseurs, de toilettes auxquelles j'ai collaboré.

Le chapitre des chapeaux était hérissé de difficultés, parce qu'elle a une de ces grosses têtes difficiles à coiffer.

Je réussis, paraît-il, à répondre au désir de son mari par ce petit service rendu à sa femme, qui m'en remerciait aimablement, quoiqu'il fût, au fond, de ceux que nous ne pardonnons pas qu'on nous rende.

Les Holstein, d'où venait l'Impératrice, avaient, comme on sait, perdu leur duché, jadis danois, et tombé aux mains de la Prusse.

Pour marier le prince qui devait être, un jour, Guillaume II, M. de Bismarck conseilla de lui donner Augusta de Schleswig, nature calme, qu'il jugeait capable de compenser les emballements d'un jeune et ardent époux.

Cette union avait le mérite politique d'associer d'une autre façon que par le sabre les Holstein à la Maison de Berlin. Elle légitimait, aux yeux de l'Europe, la façon un peu brusque dont la Prusse s'était emparé de leur duché. Cela valait bien une dot qu'Augusta n'avait point.

La future impératrice, de haute taille et très blonde, n'était ni jolie ni laide, et plutôt jolie que laide. On vantait sa piété. Mais il est des vertus qui, si elles procèdent d'une erreur de base, peuvent se muer en défauts. Ce fut le cas de la ferveur d'Augusta de Schleswig-Holstein qui, devenue impératrice, exalta dans son mari le prédicant, le Summus Episcopus, l'homme qui, manquant d'éclectisme, déraisonna promptement sur Rome, la civilisation chrétienne et la latinité. Or, il eût fallu le retenir, l'éclairer, le sortir de ses imaginations luthériennes, mélangées d'invocations à Wotan et au dieu Thor.

Autre chose, non moins grave; les Holstein, ruinés ou à peu près, étaient pressés de refaire leur fortune. Augusta devait y songer et, premièrement, établir son frère Gunther, qui menait la vie d'un officier allemand de grande maison, sans en avoir les ressources. Guillaume II arrangeait les choses, de temps en temps, mais il n'y mettait pas d'enthousiasme.

Nulle part, l'argent n'a plus d'importance que près des gens de cour. Sans lui, beaucoup ne seraient rien, parce qu'ils n'ont d'autre valeur que celle des fonds dont ils disposent.