DANS LA FORÊT
Bois où l'Automne se courrouce,
Et, dans les sentiers gracieux
Étend sa rouille sur la mousse!
Brises dont la plainte est si douce
Qu'elle semble venir des cieux!
Sombres écueils! roches antiques!
Vous qui bravez les océans!
Vous que les vagues atlantiques
Ont, dans leurs fureurs fantastiques,
Découpés en profils géants!
Et vous, cieux où l'aube étincelle,
A l'heure où la lune s'endort,
Dites-moi s'il est, brune ou blonde,
Une belle plus belle au monde
Que ma maîtresse aux cheveux d'or?
Étretat, Décembre 1860.
MESSAGE
Allez vers elle, fleurs chéries,
Allez, et ne trahissez pas
Ces mots que dans mes rêveries
Ma bouche dit tout bas.
Ne lui dites pas, indiscrètes,
Combien de désirs insensés
Cachent sous mes regards glacés
Leurs flammes inquiètes.
Ne lui dites pas qu'en tous lieux
Mon coeur la suit à tire-d'aile,
Que les rayons de ses grands yeux
Me font frémir près d'elle;
Cachez-lui qu'un mot de sa voix
Trouble mon oreille ravie,
Et que je donnerais ma vie
Pour mourir sous ses lois.