Alger, 5 février 1862.

A MON AMI PAUL E.. G..

Paul, as-tu quelquefois, dans tes jours de tristesse,
Senti passer en toi quelque gai souvenir?
Et n'as-tu pas alors, à travers ta détresse,
Songé combien le charme en est doux à sentir?

Moi j'y pensais ce soir, laissant mon feu mourir;
J'errais dans ce passé qui me revient sans cesse.
Je songeais qu'il est loin, et, sans qu'il y paraisse,
Que voilà plus d'un an que tu m'as vu partir.

Puis je rêvais encore, et dans la cheminée
Suivant des yeux la bûche à demi consumée,
Je comparais ma vie à ce feu pâlissant.

Et je songeais, mon cher, à notre douce vie,
A ce qu'un souvenir a de mélancolie,
Et qu'il est doux aussi de vieillir en s'aimant.

Alger, mardi soir, 25 février 1862.

A MADAME V***

Puisqu'il vous faut six mois pour être mon amie,
Avez-vous bien songé, quand vous me les disiez,
A ce que ces deux mots ont de mélancolie
Et de douceur aussi? Tandis que vous parliez,

Il me semblait à moi que c'est une folie
Et que pour la prévoir, quoi que vous en pensiez,
Il faut que l'amitié soit un peu ressentie,
Et, même à votre insu, que vous en éprouviez.