A FÉLIX M***

Ainsi, mon cher ami, nous voilà vieux, malades,
Ennuyés, sérieux, mélangeant notre vin,
Toi souffrant, moi rimeur, en un mot, très-maussades,
Alea jacta est … et je parle latin!

Qui m'aurait dit cela lors de nos sérénades
Sous les balcons d'Aline, et de nos escapades
La nuit, dans mon quartier, alors que, le matin,
Nous nous apercevions que le sommeil est sain?

Plus j'y songe, vraiment, et plus je me désole
Que, pour de bons amis, un pareil temps s'envole,
Puisque l'amitié reste et qu'elle doit grandir.

Et, comme j'y pensais en ouvrant cette page
Pour y mettre ces vers, je songeais qu'à notre âge
C'est un bien d'être unis et de se souvenir.

Paris, Juin 1862.

A MON PÈRE

Grâce au titre un peu plaisant,
Un peu plaisant qu'on me prête,
Puisque me voilà poëte,
Hélas! poëte, à présent!

O ma muse, allez-vous-en,
Allez-vous-en, et la fête
Que nous fêtons sera faite,
Sera faite plus gaiment;

Ou chargez-vous de lui dire
Qu'il me garde son sourire
Gai comme un soleil de mai.