Le bandit se gratta la tête, et, jetant sur le fusil d'Orso un regard oblique: «Dame, mon lieutenant… si j'osais… mais non, vous y tenez trop.
— Qu'est-ce que tu veux?
— Rien… la chose n'est rien… Il faut encore la manière de s'en servir. Je pense toujours à ce diable de coup double et d'une seule main… Oh! cela ne se fait pas deux fois.
— C'est ce fusil que tu veux?… Je te l'apportais; mais sers t'en le moins que tu pourras.
— Oh! je ne vous promets pas de m'en servir comme vous; mais, soyez tranquille, quand un autre l'aura, vous pourrez bien dire que Brando Savelli a passé l'arme à gauche.
— Et vous, Castriconi, que vous donnerai-je?
— Puisque vous voulez absolument me laisser un souvenir matériel de vous, je vous demanderai sans façon de m'envoyer un Horace du plus petit format possible. Cela me distraira et m'empêchera d'oublier mon latin. Il y a une petite qui vend des cigares, à Bastia, sur le port; donnez-le-lui, et elle me le remettra.
— Vous aurez un Elzévir, monsieur le savant; il y en a précisément un parmi les livres que je voulais emporter. — Eh bien! mes amis, il faut nous séparer. Une poignée de main. Si vous pensez un jour à la Sardaigne, écrivez-moi; l'avocat N. vous donnera mon adresse sur le continent.
— Mon lieutenant, dit Brando, demain, quand vous serez hors du port, regardez sur la montagne, à cette place; nous y serons, et nous vous ferons signe avec nos mouchoirs.»
Ils se séparèrent alors: Orso et sa soeur prirent le chemin de
Cardo, et les bandits, celui de la montagne.