— Je l'ai juré, dit Colomba d'un ton ferme. Je ne quitterai le deuil…» Et elle regardait par la fenêtre la maison des Barricini.

«Que le jour où tu te marieras? dit Orso cherchant à éviter la fin de la phrase.

— Je ne me marierai, dit Colomba, qu'à un homme qui aura fait trois choses…»

Et elle contemplait toujours d'un air sinistre la maison ennemie.

«Jolie comme tu es, Colomba, je m'étonne que tu ne sois pas déjà mariée. Allons, tu me diras qui te fait la cour. D'ailleurs j'entendrai bien les sérénades. Il faut qu'elles soient belles pour plaire à une grande vocératrice comme toi.

— Qui voudrait d'une pauvre orpheline?… Et puis l'homme qui me fera quitter mes habits de deuil fera prendre le deuil aux femmes de là-bas.»

«Cela devient de la folie», se dit Orso.

Mais il ne répondit rien pour éviter toute discussion.

«Mon frère, dit Colomba d'un ton de câlinerie, j'ai aussi quelque chose à vous offrir. Les habits que vous avez là sont trop beaux pour ce pays-ci. Votre jolie redingote serait en pièces au bout de deux jours si vous la portiez dans le maquis. Il faut la garder pour quand viendra miss Nevil.»

Puis, ouvrant une armoire, elle en tira un costume complet de chasseur.