Puis, s'adressant à miss Nevil:

«Matei m'a dit que vous reveniez d'Italie. Vous parlez sans doute le pur toscan, mademoiselle; vous serez un peu embarrassée, je le crains, pour comprendre notre patois.

— Ma fille entend tous les patois italiens, répondit le colonel; elle a le don des langues. Ce n'est pas comme moi.

— Mademoiselle comprendrait-elle, par exemple, ces vers d'une de nos chansons corses? C'est un berger qui dit à une bergère:

«S'entrassi 'ndru Paradisu santu, santu,
E nun truvassi a tia, mi n'esciria.»[2]

Miss Lydia comprit, et trouvant la citation audacieuse et plus encore le regard qui l'accompagnait, elle répondit en rougissant: «Capisco.»

«Et vous retournez dans votre pays en semestre? demanda le colonel.

— Non, mon colonel. Ils m'ont mis en demi-solde probablement parce que j'ai été à Waterloo et que je suis compatriote de Napoléon. Je retourne chez moi, léger d'espoir, léger d'argent, comme dit la chanson.»

Et il soupira en regardant le ciel.

Le colonel mit la main à sa poche, et retournant entre ses doigts une pièce d'or, il cherchait une phrase pour la glisser poliment dans la main de son ennemi malheureux.