— Ho! Ors' Anton'! vous êtes blessé? lui demanda Brandolaccio accourant tout essoufflé. Dans le corps ou dans les membres?…
— Au bras.
— Au bras! ce n'est rien. Et l'autre?
— Je crois l'avoir touché.» Brandolaccio, suivant son chien, courut à l'enclos le plus proche et se pencha pour regarder de l'autre côté du mur. Là, ôtant son bonnet: «Salut au seigneur Orlanduccio», dit-il. Puis, se tournant du côté d'Orso, il le salua à son tour d'un air grave:
«Voilà, dit-il, ce que j'appelle un homme proprement accommodé.
— Vit-il encore? demanda Orso respirant avec peine.
— Oh! il s'en garderait; il a trop de chagrin de la balle que vous lui avez mise dans l'oeil. Sang de la Madone, quel trou! Bon fusil, ma foi! Quel calibre! Ça vous écrabouille une cervelle! Dites donc, Ors' Anton', quand j'ai entendu d'abord pif! pif! je me suis dit: «Sacrebleu! ils escoffient mon lieutenant.» Puis j'entends boum! boum! «Ah! je dis, voilà le fusil anglais qui parle: il riposte…» Mais Brusco, qu'est-ce que tu me veux donc?»
Le chien le mena à l'autre enclos. «Excusez! s'écria Brandolaccio stupéfait. Coup double! rien que cela! Peste! on voit bien que la poudre est chère, car vous l'économisez.
— Qu'y a-t-il, au nom de Dieu? demanda Orso.
— Allons! ne faites donc pas le farceur, mon lieutenant! vous jetez le gibier par terre, et vous voulez qu'on vous le ramasse… En voilà un qui va en avoir un drôle de dessert aujourd'hui! c'est l'avocat Barricini. De la viande de boucherie, en veux-tu, en voilà! Maintenant qui diable héritera?