«Chili, cria Brandolaccio, va regarder derrière ce mur. Hein?»

L'enfant, s'aidant des pieds et des mains, grimpa sur le mur, et aussitôt qu'elle eut aperçu le cadavre d'Orlanduccio, elle fit le signe de la croix.

«Ce n'est rien, continua le bandit; va voir plus loin, làbas.»

L'enfant fit un nouveau signe de croix.

«Est-ce vous, mon oncle? demanda-t-elle timidement.

— Moi! est-ce que je ne suis pas devenu un vieux bon à rien?
Chili, c'est de l'ouvrage de monsieur. Fais-lui ton compliment.

— Mademoiselle en aura bien de la joie, dit Chilina, et elle sera bien fâchée de vous savoir blessé, Ors' Anton'.

— Allons, Ors' Anton', dit le bandit après avoir achevé le pansement, voilà Chilina qui a rattrapé votre cheval. Montez et venez avec moi au maquis de la Stazzona. Bien avisé qui vous y trouverait. Nous vous y traiterons de notre mieux. Quand nous serons à la croix de Sainte-Christine, il faudra mettre pied à terre. Vous donnerez votre cheval à Chilina, qui s'en ira prévenir mademoiselle, et, chemin faisant, vous la chargerez de vos commissions. Vous pouvez tout dire à la petite, Ors' Anton': elle se ferait plutôt hacher que de trahir ses amis.» Et d'un ton de tendresse: «Va, coquine, disait-il, sois excommuniée, sois maudite, friponne!» Brandolaccio, superstitieux, comme beaucoup de bandits, craignait de fasciner les enfants en leur adressant des bénédictions ou des éloges, car on sait que les puissances mystérieuses qui président à l'Annocchiatura[24] ont la mauvaise habitude d'exécuter le contraire de nos souhaits.

«Où veux-tu que j'aille, Brando? dit Orso d'une voix éteinte.

— Parbleu! vous avez à choisir: en prison ou bien au maquis. Mais un della Rebbia ne connaît pas le chemin de la prison. Au maquis, Ors' Anton'!