Il prit une prise de tabac d’un air satisfait.

«Mais laissons les Phéniciens, et revenons à l’inscription. Je traduis donc: “À Vénus de Boulternère Myron dédie par son ordre cette statue, son ouvrage.”«

Je me gardai bien de critiquer son étymologie, mais je voulus à mon tour faire preuve de pénétration, et je lui dis:

«Halte-là, monsieur. Myron a consacré quelque chose, mais je ne vois nullement que ce soit cette statue.

— Comment! s’écria-t-il, Myron n’était-il pas un fameux sculpteur grec? Le talent se sera perpétué dans sa famille: c’est un de ses descendants qui aura fait cette statue. Il n’y a rien de plus sûr.

— Mais, répliquai-je, je vois sur le bras un petit trou. Je pense qu’il a servi à fixer quelque chose, un bracelet, par exemple, que ce Myron donna à Vénus en offrande expiatoire. Myron était un amant malheureux. Vénus était irritée contre lui: il l’apaisa en lui consacrant un bracelet d’or. Remarquez que fecit se prend fort souvent pour consecravit. Ce sont termes synonymes. Je vous en montrerais plus d’un exemple si j’avais sous la main Gruter ou bien Orelli. Il est naturel qu’un amoureux voie Vénus en rêve, qu’il s’imagine qu’elle lui commande de donner un bracelet d’or à sa statue. Myron lui consacra un bracelet… Puis les barbares ou bien quelque voleur sacrilège…

— Ah! qu’on voit bien que vous avez fait des romans! s’écria mon hôte en me donnant la main pour descendre. Non, monsieur, c’est un ouvrage de l’école de Myron. Regardez seulement le travail, et vous en conviendrez.»

M’étant fait une loi de ne jamais contredire à outrance les antiquaires entêtés, je baissai la tête d’un air convaincu en disant:

«C’est un admirable morceau.

— Ah! mon Dieu, s’écria M. de Peyrehorade, encore un trait de vandalisme! On aura jeté une pierre à ma statue!»