«Gageons, monsieur, me dit mon guide, comme nous étions déjà dans la plaine, gageons un cigare que je devine ce que vous allez faire chez M. de Peyrehorade?
— Mais, répondis-je en lui tendant un cigare, cela n’est pas bien difficile à deviner. À l’heure qu’il est, quand on a fait six lieues dans le Canigou, la grande affaire, c’est de souper.
— Oui, mais demain?… Tenez, je parierais que vous venez à Ille pour voir l’idole? j’ai deviné cela à vous voir tirer en portrait les saints de Serrabona.
— L’idole! quelle idole?» Ce mot avait excité ma curiosité.
«Comment! on ne vous a pas conté, à Perpignan, comment M. de Peyrehorade avait trouvé une idole en terre?
— Vous voulez dire une statue en terre cuite, en argile?
— Non pas. Oui, bien en cuivre, et il y en a de quoi faire des gros sous. Elle vous pèse autant qu’une cloche d’église. C’est bien avant dans la terre, au pied d’un olivier, que nous l’avons eue.
— Vous étiez donc présent à la découverte?
— Oui, monsieur. M. de Peyrehorade nous dit, il y a quinze jours, à Jean Coll et à moi, de déraciner un vieil olivier qui était gelé de l’année dernière, car elle a été bien mauvaise, comme vous savez. Voilà donc qu’en travaillant Jean Coll qui y allait de tout cœur, il donne un coup de pioche, et j’entends bimm… comme s’il avait tapé sur une cloche. Qu’est-ce que c’est? que je dis. Nous piochons toujours, nous piochons, et voilà qu’il paraît une main noire, qui semblait la main d’un mort qui sortait de terre. Moi, la peur me prend. Je m’en vais à monsieur, et je lui dis: — Des morts, notre maître, qui sont sous l’olivier! Faut appeler le curé. — Quels morts? qu’il me dit. Il vient, et il n’a pas plutôt vu la main qu’il s’écrie: — Un antique! un antique! — Vous auriez cru qu’il avait trouvé un trésor. Et le voilà, avec la pioche, avec les mains, qui se démène et qui faisait quasiment autant d’ouvrage que nous deux.
— Et enfin que trouvâtes-vous?