Il paraît que Ratazzi offre maintenant de garantir au pape la possession des États qu'il conserve à présent, et qu'il prendrait l'engagement de les faire respecter. Mais comment empêcher les Italiens de Rome de mettre à la porte le saint-père s'il n'y a plus qu'eux pour le garder? Le voyage de Garibaldi, et surtout ce qu'il a dit au sujet de Mazzini, a fait ici un très mauvais effet. C'est un personnage dans le genre de la Fayette, que ses bonnes qualités, mêlées à la faiblesse de son caractère, rendaient très dangereux. On me dit que ces ovations qu'il reçoit partout ne prouvent pas qu'il ait une grande influence; qu'on honore en lui son dévouement et son désintéressement sans adopter sa politique. Cela est possible; mais, ici, on s'effraye facilement de tout ce qui ressemble à de l'agitation révolutionnaire, et, par peur du rouge, on en est venu à proscrire le rose.
On ne sait rien encore sur ce qui se fera pour l'ambassade de Rome. La Valette paraît bien décidé à n'y pas retourner s'il doit y retrouver Goyon. Les paris sont ouverts pour l'un et pour l'autre. Ce qui me paraît le plus probable, c'est qu'on enverra à Rome quelque général qui réunira les fonctions diplomatiques et le commandement militaire. Encore une cote mal taillée!
Adieu, mon cher Panizzi. J'espère que votre rhume vous aura quitté.
XCVIII
Paris, 23 avril 1862.
Mon cher Panizzi,
On nous parle beaucoup de la confusion qui règne dans la commission anglaise de l'exposition. Il n'y en a pas moins dans notre commission française, si bien que je ne sais pas encore quel est mon destin. Les uns me disent que je suis président d'une classe, les autres, simple membre. Je me soucie autant de l'un que de l'autre, pour l'honneur et le profit; la grande question, c'est de savoir quand je dois être à Londres. De toute façon, j'y serai très prochainement; mais je vous préviendrai toujours deux jours d'avance.
Ce que je vous disais de l'offre faite par le gouvernement italien, je l'ai entendu dire hautement à Vimercati chez le prince Napoléon, et il le donnait comme la pensée du comte de Cavour. Il n'y a qu'un inconvénient à cette combinaison, c'est la difficulté de l'exécution. Comment empêcher les descendants de Rémus, magnanimi Remi nepotes, de sbudellare Autonelli?
Je persiste à trouver que le discours de lord Palmerston est peu politique, supposé que son désir soit que nous évacuions, avec les dispositions de jalousie qui existent dans les deux pays; il n'y a pas de pire moyen d'obtenir quelque chose que d'avoir l'air de l'exiger. Assurément l'empereur et les gens qui raisonnent savent les obligations des entraînements d'un ministre devant une Chambre; mais le gros public n'y comprend rien, et l'amour-propre national, s'en mêlant, crée un embarras de plus.