Je suis allé hier aux Tuileries. L'impératrice m'a demandé de vos nouvelles et pourquoi, passant par Paris, vous n'aviez pas déjeuné avec elle? Nigra et les attachés de la légation italienne paraissent en grande faveur, faveur toute personnelle, bien entendu. Hier, ou plutôt aujourd'hui, l'impératrice a retenu autour d'elle huit ou dix personnes, dont Nigra et deux attachés. On ne nous a lâchés qu'à deux heures un quart.

On reçoit à l'instant la nouvelle que Puebla a capitulé après deux combats dans lesquels les Mexicains ont été complètement battus.

Rien de nouveau de la Pologne, si ce n'est la publication dans le Moniteur de deux réponses russes. Celle qui nous concerne est très douce. Il me semble que, si j'étais à la place d'Alexandre, je répondrais d'une autre encre.

Les élections, je le crains, se feront à la diable.

Adieu, mon cher Panizzi. Je suis toujours souffreteux, respirant mal et de mauvaise humeur.

CXXVI

Paris, 11 mai 1863.

Mon cher Panizzi,

Vous ai-je conté l'histoire du général X... et de sa femme, qui est une puritaine renforcée? Elle a fait arranger son hôtel à ***, où il commande une division. Dans toutes les pièces, elle a fait mettre des inscriptions tirées des Écritures; et, dans la chambre à coucher, il n'y en a qu'une, notez-le bien, à la manière anglaise; on lit en lettres d'or: «Faites le bien tous les jours.»--Il a un peu perdu la tête de vanagloria, comme disent les Espagnols. Il donne lui-même le bras à la générale comme l'empereur à l'impératrice, ce qui semble un peu drôle. Il disait à madame de Z..., la fille du général qui commandait à *** avant lui: «Comment votre père pouvait-il habiter une baraque comme celle qu'il occupait? Moi, je n'oserais pas loger ainsi mon aide de camp.--Oh! général, mon père était un vieux soldat, et il était trop grand seigneur pour faire attention à ces choses-là.»