On s'occupe toujours beaucoup, et à mon avis trop, des affaires de Pologne. Heureusement, jusqu'à présent, et j'espère que cela continuera, on s'en occupe diplomatiquement, et de concert avec l'Angleterre et l'Autriche. Il faut que la guerre de Crimée ait blessé la Russie plus fortement qu'on ne pensait, pour qu'elle n'en ait pas encore fini avec cette révolte qui, même en tenant compte des exagérations des journaux, paraît s'étendre et s'envenimer tous les jours.
Il y a maintenant à Paris un escadron de spahis qui accompagne quelquefois le prince impérial. Au milieu de ces gens noirs avec leur costume étrange, faisant la fantasia autour de lui, il a l'air d'un de ces princes des Mille et une Nuits enlevés par des magiciens. Il a été très enrhumé dernièrement, mais va très bien à présent. On dit qu'il commence à travailler. Son précepteur est un homme intelligent, dit-on, et pas clérical. On ne lui donnera pas de gouverneur comme il semble. Je mourais de peur que ce ne fût un évêque. Il avait été question du maréchal Vaillant, qui avait ses inconvénients aussi, quoique pas de ce côté-là.
Adieu, mon cher Panizzi; rappelez-moi au souvenir du British Museum.
CXXVIII
Paris, 1er juin 1863.
Mon cher Panizzi,
Nous sommes ici dans le fort de la fièvre électorale. Je ne sais pas encore ce qui sortira de l'urne, mais très probablement l'opposition anti-dynastique sera renforcée très notablement. On croit que Thiers sera nommé à Paris, grâce aux lettres furieuses de Persigny.
Si le gouvernement fait des folies, l'opposition en fait de son côté. Les rouges et les blancs s'allient sans la moindre vergogne. Le duc de Broglie reçoit chez lui Carnot, le ministre de l'instruction publique de 1848, qui signait les factums de madame Sand. Cela effraye un peu les épiciers, qui se souviennent du peu de poivre qu'on achetait alors; mais le bourgeois de Paris a toujours du goût pour l'opposition. J'espère que notre ami le docteur Maure sera élu, malgré son préfet, dans les Alpes-Maritimes. Le fils de M. Fould le sera sans la moindre difficulté à Tarbes, et Édouard Fould dans son département, où ses bons dîners lui ont gagné le coeur de tous les curés.
On est toujours fort inquiet des affaires de Pologne, plus encore que de celles du Mexique, qui cependant n'avancent guère. Mais à quelque chose malheur est bon. Le Mexique arrêtera sans doute les velléités polonaises. Il est impossible de dire plus de mensonges que tous les journaux n'en débitent sur ce sujet.