VIº L'exercice prescrit dans les ports de mer, pour apprendre aux troupes à embarquer et à débarquer, a été introduit lors de la guerre de Crimée. Tous les ans, on ramène en France dix ou douze mille hommes d'Algérie, et on en envoie autant. S'il n'y a pas un exercice semblable dans l'armée anglaise, cela ne prouve pas en faveur de ses chefs.
Je crois encore, cher Panizzi, que la grande cause de désaccord entre la France et l'Angleterre provient de ce que cette dernière se tient, touchant les affaires de l'Europe, dans une politique expectante qui lui est facile et qui est presque impossible pour nous. L'Angleterre s'est contentée de faire, des voeux pour le Piémont; nous nous sommes battus, et, si nous ne l'avions pas fait, nous aurions commis une faute énorme. Si l'Angleterre, qui a, au fond, les mêmes sympathies que nous pour la cause italienne, et qui n'a pas les mêmes risques à courir, au lieu de se laisser aller à des sentiments de défiance et de jalousie, voulait nous seconder ouvertement, la paix du monde serait assurée. Les Italiens feraient eux-mêmes leurs affaires, et peut-être parviendrait-on à obtenir de l'Autriche la cession de la Vénétie.
Adieu, mon cher Panizzi; mille amitiés et compliments.
XLVI
Paris, 16 octobre, au soir, 1860.
Mon cher Panizzi,
Je viens vous demander pardon d'une bêtise de mon domestique, que j'avais chargé d'affranchir un gros paquet que je vous envoyais ce matin. J'apprends ce soir qu'il y a mis un timbre de quarante centimes, évidemment insuffisant. Si, comme il est probable, on refuse chez vous les lettres non affranchies, mon paquet ira à tous les diables, et ce serait dommage; car, outre un billet de moi, il y avait quatre pages de M. Fould en réponse à la lettre que Sa Majesté a vue. N'oubliez pas de la faire réclamer et excusez la maladresse de mon imbécile.
Savez-vous que je commence à croire un peu à notre voyage à Rome? Monseigneur Sacconi, le nonce, part demain. Il a fait mettre dans le Moniteur, et il a dit à tout le monde, en prenant congé, qu'il reviendrait sous peu de semaines, ce qui me fait croire qu'il ne reviendra pas. Ce départ, l'apparition de la sainte Vierge et le désir bien unanime de tous les dévots que le pape quitte Rome, me fait espérer que nous nous reverrons au Vatican, chacun à la tête d'une troupe de scribes juifs ou mahométans.
Adieu, mon cher Panizzi; je suis désolé de l'accident arrivé à cette lettre, mais j'espère qu'elle ne sera pas perdue.