Adieu, mon cher Panizzi. Si vous m'écrivez, je resterai jusqu'à dimanche prochain à Fontainebleau, peut-être même davantage, cela dépendra de ce que fera mon hôte.
LXXVII
Fontainebleau, 24 juin 1861.
Mon cher Panizzi,
Je suis encore ici pour une semaine; après y être venu pour huit jours, j'y serai resté près d'un mois. C'est l'usage de la maison.
Je suis dans le lieu du monde où l'on parle le moins de politique, et je ne sais rien de ce qui se passe. Je ne comprends guère les entortillements du Moniteur au sujet de la reconnaissance de fait du royaume d'Italie, combinée avec l'occupation indéfinie de Rome par l'armée française, et je crois que cela ne signifie absolument rien.
Je suis allé l'autre jour avec Sa Majesté voir les fouilles qu'on a fait exécuter autour d'Alise, pour savoir si cette ville était l'Alesia de César. Nous avons trouvé les fossés des lignes de contrevallation et de circonvallation des Romains encore bien conservés. Le terrain est une espèce de conglomérat de gravier lié par un ciment naturel, le tout très dur; si bien que les fossés, bien que comblés aujourd'hui par les terres éboulées, et par celles que les pluies y ont apportées, sont partout reconnaissables à leurs talus dont les parements ont été bien conservés.
Nous avons trouvé au fond d'un de ces fossés une belle épée romaine, et une grande quantité de pointes de flèches ou de lances en bronze; enfin le plus curieux, une douzaine de ces chausse-trapes que César appelle des stimuli et qu'il avait jetés en avant de ses retranchements pour piquer les pieds de nos ancêtres.
J'ai reçu ici une lettre de M. Ellice, qui me paraît n'avoir rien perdu de son entrain et qui me propose une tournée de jolies hôtesses et de maisons de campagne. Je crains bien de ne pouvoir l'accompagner; en outre, je n'aime pas trop à changer tous les jours d'hôtes et de cuisine.