Il y a quelque temps, j'ai remis à un ami de M. Libri un mot pour vous qui, je pense, ne vous est pas encore parvenu. Je vous demanderai la permission de vous répéter, par la poste, mon humble requête. Voici en quoi elle consiste:
Un de mes amis, M. Beyle, connu sous le pseudonyme de Stendhal dans la littérature contemporaine, avait fait copier au Vatican, dans les archives, quatorze volumes in-folio manuscrits, contenant l'analyse d'un certain nombre de procès célèbres ou d'aventures scandaleuses de la cour papale et d'Italie. A l'époque où cette copie fut faite, il était difficile de pénétrer dans les archives du Vatican. M. Beyle, qui était consul de France à Civita-Vecchia, avait obtenu, avec beaucoup de peine, la permission de copier les susdits manuscrits. Ils forment quatorze volumes in-folio, écrits d'une belle main italienne, et sont en italien ou en latin.
M. Beyle est mort, et sa soeur, qui est dans la misère, cherche à vendre ces manuscrits. Le British Museum pourrait-il, voudrait-il s'en accommoder? Quel prix en donnerait-il? Y a-t-il à Paris quelqu'un que vous pourriez charger de les examiner?
Voilà, mon cher Monsieur, ce que je vous ai mandé par cette occasion infidèle. Je vous serais extrêmement obligé de me répondre un mot, si cela vous est possible.
Agréez, mon cher Monsieur, l'expression de tous mes sentiments de haute considération et d'amitié.
II
Paris, 4 juillet 1855.
Mon cher Monsieur,
Permettez-moi de vous présenter mon ami, M. de Lagrené, qui mène sa fille voir Londres. Soyez assez bon pour lui faire montrer les bijoux antiques et le fameux manuscrit de la Grande Chartreuse. M. de Lagrené a été un de mes meilleurs consolateurs dans les désagréments que ce manuscrit m'a causés, et je le recommande très instamment à votre obligeance.