CXV

Cannes, 28 mars 1867.

Mon cher Panizzi,

Votre lettre confirme ce que nous disent les journaux, de la faiblesse de la Chambre italienne et des mauvaises dispositions d'une partie des députés. Je crains que ce grand animal de Garibaldi ne les pousse à des bêtises sérieuses.

Il me semble aussi qu'en Angleterre les choses ne vont pas trop bien. J'entends dire que le Bill de lord Derby ne passera pas, et que le gouvernement qui lui succédera aura bien de la peine à éviter le manhood suffrage. Il y a déjà longtemps que j'ai renoncé à comprendre le système de lord Derby, et il me semble que personne dans le Parlement n'est beaucoup plus avancé que moi. C'est dans un grand tunnel noir qu'on s'engage, et ce qui se trouvera au bout, je crains que personne n'en ait d'idée bien nette. En Angleterre, grâce à la richesse de l'aristocratie, à son bon sens, et aux habitudes de corruption électorale, il se pourra fort bien que les résultats du suffrage universel soient tout à fait autres que ne l'attend M. Bright.

Chez nous, cela ne va pas mieux. La Chambre paraît être très peu d'humeur à voter la nouvelle loi sur la réorganisation de l'armée, du moins, sans des changements considérables, et ce qu'il y a de plus fâcheux, à mon avis, c'est que les changements qu'on y fera seront plutôt de nature à diminuer nos forces qu'à les augmenter. Nous devenons trop amoureux du bien-être.

On dit que M. Rouher se plaint très vivement de la bêtise de Walewski, dont il a grand'peine à conjurer les effets. De son côté, la majorité est furieuse contre son président, qui ne sait pas présider, et il est à croire qu'on sera obligé de donner satisfaction à M. Rouher.

Un assez grand nombre de légitimistes sont allés aux soirées du duc de Mouchy et ont fait bonne mine à sa femme. Cela a produit quelque sensation.

Adieu, mon cher Panizzi ; tenez-moi au courant de vos faits et gestes.

CXVI