Mon cher Panizzi,
La session finit un peu mieux qu'on ne l'espérait. M. Rouher a pris de l'assurance et a fait des progrès très notables. Thiers a perdu beaucoup de son prestige. C'est toujours le même art et la même facilité d'élocution, mais point d'idées politiques, et, au fond, de petites passions mesquines. Il a parlé contre l'expédition du Mexique et a conclu en proposant de traiter avec Juarez, qui est à tous les diables. Il vient de parler contre le budget, qu'il trouve trop considérable, et a parlé pendant trois heures et demie. Mais il ne trouve pas qu'on dépense assez pour la guerre, pas assez pour la marine ; il approuve les augmentations des traitements ; enfin il conclut en disant qu'on a trop dépensé pour la préfecture de Marseille, et, sur le total, il se trompe de sept millions. Les nouveaux députés se moquent un peu de lui, et il paraît, au fond, assez mécontent de lui-même.
On nous dit que, aussitôt après la session, il y aura quelques mouvements ministériels. Le ministre de l'intérieur sera changé, cela paraît sûr, mais quel parti l'emportera dans le cabinet? C'est ce que personne ne peut dire et ce que le grand faiseur lui-même ne sait peut-être pas encore à présent.
Adieu, mon cher Panizzi ; on me dit que vous allez parfaitement bien, ce qui me réjouit fort.
XIV
Paris, 27 mai 1864.
Mon cher Panizzi,
Notre session tire à sa fin : on pense qu'on nous donnera mercredi prochain la clef des champs. De ce côté-là donc, pas de difficultés ; mais, du côté de mes poumons, il y en a d'assez graves. Je suis toujours comme un poisson hors de l'eau, et je n'ose pas trop me mettre en route. Joignez à cela le risque d'une invitation à Fontainebleau, quoique, entre nous, il me semble que je suis un peu en disgrâce. La semaine prochaine, en tout cas, je prendrai mon grand parti, et, si je puis aller vous voir, j'écrirai à M. Poole de me faire des habits dignes de votre compagnie.
Le faubourg Saint-Germain est dans un paroxysme de fureur du brevet de duc de Montmorency envoyé au duc de Périgord. Il est le fils du duc de Valençay (fils de madame de Dino-Talleyrand) et de mademoiselle de Montmorency, sa première femme. Mais il y a des collatéraux, des Montmorency, des Luxembourg, des Laval, etc., qui réclament et crient comme des brûlés. Pour moi, il me semble que quiconque aime les cerises de Montmorency a des droits à un duché éteint.
Ce soir, on disait qu'on allait faire un duc de X… et un duc de Z…, deux titres éteints, le premier fort antique, et l'autre du premier empire. Tous ces ducs nouveaux sont des jeunes gens qui ne brillent ni par l'intelligence ni par la vertu ; mais il y a dans l'atmosphère des cours quelque chose qui attire les niais et leur procure une bonne réception.