Voilà Garibaldi qui finit comme les catins, par faire des livres. Il paraît que c'est toujours par là qu'on finit, quand on ne peut plus faire autre chose. Bien que je ne m'attende pas à un chef-d'œuvre, je compte le lire.
Quelqu'un que j'ai tout lieu de croire bien informé me dit que l'empereur est en parfait accord avec ses ministres. Il ne se plaint pas de la situation qu'on lui a faite, et il a l'intention d'être parfaitement constitutionnel. Les ministres, de leur côté, arrivant avec les plus grands préjugés contre lui, sont maintenant très charmés de ses façons et de sa droiture. Cela pourra-t-il durer longtemps? je n'en sais rien, et c'est une terrible expérience à faire que de donner tout pouvoir à des gens peu pratiques, et qui cherchent avant tout la popularité. Je n'ai jamais vu dans l'histoire qu'on changeât par des institutions le caractère d'un peuple, surtout lorsqu'on lui accorde tout à la fois, ce qui ne devrait se donner que lentement. Nous sommes des chevaux fringants à qui on met la bride sur le cou. Il est fort à craindre que nous ne versions le char de l'État et que, par la même occasion, nous ne nous cassions le cou.
Je crois, à propos du concile, que le parti qu'on a pris de ne se mêler en rien de tous ses tripotages, est le plus raisonnable dont on pût s'aviser. Il me paraît encore très douteux que les jésuites parviennent à faire les bêtises auxquelles ils aspirent ; mais ce qui me paraît certain, c'est que, s'ils réussissaient, le résultat serait la ruine du catholicisme. La plupart de nos évêques sont déjà à demi protestants, à ce qu'on m'assure, et leur conversion est due à la compagnie de Jésus, qui a perdu le tact qui la distinguait autrefois. En rompant en visière avec la civilisation moderne, elle perd la plus grande partie de son pouvoir.
Adieu, mon cher Panizzi. Portez-vous bien et recommandez-moi à nos amis. J'ai ici un buste de M. Gladstone très ressemblant, qui orne mon salon et que ces dames entourent d'anémones et de fleurs de mimosa, comme un petit saint.
CLXXVII
Cannes, 20 mars 1870.
Mon cher don Antonio,
Je suis toujours bien souffrant, malgré le temps, qui est magnifique. Mon cas me semble désespéré.
J'ai reçu, il y a quelques jours, une fort aimable lettre de notre hôtesse de Biarritz. Elle me demandait conseil à propos d'un roman de madame Sand[19], où on la met en scène et où on lui donne un vilain rôle. Madame Sand a plusieurs fois eu recours à elle et en a obtenu des grâces. Elle voulait faire parler à l'auteur pour qu'elle déclarât qu'elle n'avait pas voulu faire d'allusion. Vous devinez le conseil que j'ai donné : de minimis non curat prætor.
[19] Malgrétout.