CLXXXVIII

Paris, 11 août 1870.

Mon cher Panizzi,

Accusez-nous de folie, d'outrecuidance, de poltronnerie même, nous avons mérité tous les reproches, mais ne croyez pas à cette absurde histoire de la Belgique. Avez-vous lu la lettre du général Turr? Admettant qu'on eût voulu s'emparer de la Belgique, qui aurait pu s'y opposer avec la connivence de la Prusse?

J'ai vu avant-hier l'impératrice. Elle est ferme comme un roc, bien qu'elle ne se dissimule pas toute l'horreur de sa situation. Je ne doute pas que l'empereur ne se fasse tuer ; car il ne peut rentrer ici que vainqueur, et une victoire est impossible. Rien de prêt chez nous. Tout manque à la fois. Partout du désordre. Si nous avions des généraux et des ministres, rien ne serait perdu ; car il y a certainement beaucoup d'enthousiasme et de patriotisme dans le pays. Mais, avec l'anarchie, les meilleurs éléments ne servent de rien. Paris est tranquille ; mais, si on distribue des armes aux faubourgs comme le demande Jules Favre, c'est une nouvelle armée prussienne que nous avons sur les bras.

Je suis de nouveau retombé pour être allé au Sénat hier et avant-hier ; mais je ne crois pas que ce soit sérieux.

Adieu, mon cher ami ; j'ai le cœur trop gros pour en écrire plus long ; ne montrez pas ma lettre, je vous en prie.

CLXXXIX

Paris, 16 août 1870.

Mon cher Panizzi,