J'ai été bien touché des offres généreuses que vous me faites. Je sais quel bon ami vous êtes, et que vous êtes toujours true to your word. Je voudrais bien vous serrer la main avant de mourir, mais cela est peu probable avec ma déplorable santé.
Vous accusez fort à tort nos bulletins de mensonge. Nous n'avons pas de bulletins du tout. C'est un système nouveau que je ne comprends pas plus que l'ancien. A en juger par les bulletins prussiens, il y a beaucoup à rabattre de leurs victoires, et, lorsqu'ils disent qu'ils ont enlevé les positions occupées par le maréchal Bazaine, ils ajoutent naïvement qu'ils ont demandé une trêve pour enterrer leurs morts. Comment se fait-il que leurs morts fussent sur notre terrain? Ce qui paraît constant, c'est qu'il y a eu des deux côtés un carnage affreux. On s'attend à voir les Prussiens sous Paris, et on s'accoutume à cette idée. Si les rouges ne perdent tout, je crois que nous gagnerons la partie. Mais nos pauvres amis de Biarritz l'ont perdue.
Adieu, mon cher Panizzi. Merci encore de tout ce que vous me dites de votre amitié pour moi. J'y compte, croyez-le bien, comme en l'occasion vous compteriez sur moi.
CXCIV
Paris, 26 août 1870.
Mon cher Panizzi,
Toujours absence complète de nouvelles. C'est bien cruel pour ceux qui ont des amis à l'armée. Les pauvres Tripet ne savent rien de leur fils, si ce n'est que son régiment a été engagé et que le général qui commandait sa brigade a été tué. Le père et la mère sont comme des âmes en peine depuis lors.
L'armement de Paris se poursuit avec beaucoup de rapidité. Jusqu'à présent, la population a grande confiance dans le général Trochu, malgré le mauvais style de ses proclamations. Il paraît que le maréchal Bazaine ne veut pas se battre avant d'être sous les murs de Paris.
Un siège me paraît peu probable, car l'investissement exigerait plus de six cent mille hommes, qui pourraient être battus en détail par cent mille concentrés dans la place. Mais Dieu sait ce que la Chambre peut faire de sottises en présence de l'ennemi.
Adieu, mon cher Panizzi. Je ne vous remercie pas, puisque vous ne voulez pas.