Mon cher Panizzi,

Un mot à la hâte. Je n'ai pas la force de vous en écrire davantage. Tout ce que l'imagination la plus lugubre pouvait inventer de plus noir est dépassé par l'événement. C'est un effondrement général. Une armée française qui capitule ; un empereur qui se laisse prendre. Tout tombe à la fois.

Je vous écris du Sénat. Je vais essayer d'aller aux Tuileries. On me dit que le prince impérial est en Belgique chez le prince de Chimay. Le maréchal Mac Mahon est mort de sa blessure. C'est un dernier bonheur.

En ce moment-ci, le Corps législatif est envahi et ne peut plus délibérer. La garde nationale, qu'on vient d'armer, prétend gouverner.

Adieu, mon cher Panizzi ; vous savez tout ce que je souffre.

CXCVII

Cannes, 13 septembre 1870.

Mon cher Panizzi,

Vous êtes la personne à qui je m'adresserais en cas de nécessité avec le plus de confiance et le moins de confusion. Mais nous n'en sommes pas encore là. Vous me gardez quelque chose à votre banque. J'ai encore des actions au chemin du Nord, qui m'assurent quatre ou cinq mille francs par an ; enfin j'ai, en rentes françaises, un revenu d'environ seize à dix-huit mille francs. Que restera-t-il de ces rentes? Quelque chose, je crois, assez pour enterrer leur propriétaire, qui est bien malade et sur ses fins.

Adieu, mon cher Panizzi ; je vous suis bien reconnaissant. Je vais vivre ici en philosophe au soleil. Si je pouvais m'endormir comme Épiménide!