J'ai trouvé ici une lettre de Vienne où l'on paraît avoir pour les Prussiens la même tendresse que les rats portent aux chats. Vous aurez vu le discours de M. de Beust à la Chambre saxonne. Cela est très divertissant et ne promet pas pour trop tôt le grand teutonique Verein.

Madame de Montijo va mieux, à ce qu'elle dit, et vous attend à Carabanchel cet automne. Elle commence à mieux écrire votre nom, car elle vous nomme Pañisi au lieu de Panucci. Mais le z toscan est une pierre d'achoppement terrible pour une bouche castillane.

Adieu, mon cher Panizzi ; portez-vous bien et donnez-vous pour loi d'aller tous les jours chez Brooks[1] à pied. Mettez-moi à ceux de lady Holland.

[1] Le Club libéral dans Saint-James's.

XXI

Paris, 10 août 1864.

Mon cher Panizzi,

J'ai trouvé M. Fould en assez bonne santé, se préparant, après les fêtes, à aller présider le conseil général et à se reposer un peu à Tarbes. Il me charge de tous ses compliments pour vous et M. Gladstone. Il est dans ce moment en grande faveur, ce me semble, auprès de monsieur et madame, occupé d'ailleurs à rapprocher des collègues qui ne s'aiment guère et qui ne s'aimeront jamais. Suivant toute apparence, cela finira par un replâtrage qui durera Dieu sait combien de temps.

Vous aurez peut-être su que, il y a peu de jours, on a donné à Rome une nouvelle édition de l'affaire Mortara. C'est un petit juif nommé Cohen, âgé de neuf ans, qu'on a baptisé malgré ses parents. On aurait dû les brûler vifs : on s'est contenté de les envoyer promener. Il paraît que cela a fait un mauvais effet parmi nos officiers, qui ont lu, presque tous, les œuvres impies de M. de Voltaire.

On me dit que Leurs Majestés n'iront pas cette année à Biarritz, je ne sais pas encore le pourquoi.