[CXCVI]
Paris, 24 mars 1859.
Étiez-vous libre aujourd'hui? J'ai la douleur d'avoir cru être pris toute la journée, ce qui m'a empêché de vous écrire et de vous demander de nous voir, et, au dernier moment, de me trouver parfaitement libre, avec l'ennui que vous pouvez imaginer. . . . . . . . . . . .
Je suis content que cette tartine sur M. Prescott vous ait plu. Je n'en suis pas trop content, parce que je n'ai dit que la moitié de ce que je voulais dire, selon l'aphorisme de Philippe II, qu'il ne faut dire que du bien des morts. L'ouvrage est au fond assez médiocre et très-peu divertissant. Il me semble que, si l'auteur eût été moins Yankee, il aurait pu faire quelque chose de mieux. . . . . . . .
[CXCVII]
Paris, 23 avril 1859.
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Je suis tout malade des nouvelles, bien qu'elles ne m'aient pas surpris[1]. Maintenant, tout est livré au hasard. Je suppose que votre frère est à faire ses paquets. Je lui souhaite tout le bonheur possible. Je suppose que la guerre sera assez chaude d'abord, mais pas longue. L'état financier de tout le monde ne permet pas de la faire durer. Hier, en me promenant dans les bois, où il y a une prodigieuse quantité d'oiseaux, il me semblait étrange que, par ce temps-là, on s'amusât à se battre. J'espère que les Mémoires de Catherine vous sont agréables. Cela a un parfum de couleur locale qui me plaît fort. Quelle drôle de chose qu'une grande dame de ce temps, et comme il résulte clairement de ce récit qu'il n'y avait que l'étranglement qui pût remédier à un animal comme Pierre III. On m'a donné à lire un roman de lady Georgiana Fullerton, écrit en français, pour que je note les passages qui laissent à désirer. Il n'est question que de paysans béarnais qui mangent des tartines et des œufs pochés, et qui vendent trente francs un panier de pêches. C'est comme si je voulais écrire une nouvelle chinoise. Vous devriez bien prendre cela et me faire des corrections pour ma peine de vous prêter tant de livres que vous ne m'avez jamais rendus. Je suis allé hier à l'Exposition, qui m'a semblé d'un médiocre désespérant. L'art tend à un nivellement qui est au fond la platitude. . . . . . . .
[1] La guerre d'Italie.