Je reçois votre lettre au moment de partir pour Glenquoich. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'elle ne me fait nul plaisir. Mais je ne vous ferai cependant pas de reproches. Pour le moment, je ne suis préoccupé que d'une chose, c'est de chercher comment je pourrai vous dire adieu. De votre côté, tâchez de faire aussi quelque chose afin de gagner un peu de temps. Je ne désespère pas qu'en nous y mettant tous les deux nous ne parvenions à nous retrouver et à passer quelques heures ensemble. Plus je réfléchis à votre expédition d'Algérie, plus elle me paraît folle. Il est évident que les affaires d'Orient, compliquées comme elles le sont, et devant se compliquer encore davantage à tout instant, pourront obliger votre frère à partir sur un signe du télégraphe, et vous demeurerez fort empêchée de votre personne au milieu de vos Arabes. Il me paraît probable que le débarquement des Français en Syrie serait suivi d'une explosion générale de pillages et de massacres dans tout l'Orient; très-vraisemblablement encore, les provinces turques de la Grèce, c'est-à-dire la Thessalie, la Macédoine et l'Albanie chrétienne feront quelque mouvement en représailles. Tout sera en feu cet hiver en Orient. Aller à Alger dans un pareil moment, cela, je vous le répète, me semble aussi fou que possible. Encore si vous trouviez à ce voyage quelque attrait particulier! mais vous paraissez maintenant le regretter. . . . .

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Il fait un temps atroce. Hier, le soleil s'est montré pour la première fois depuis mon arrivée en Angleterre; mais, ce matin, en me réveillant, j'entendais la pluie fouetter sur ma fenêtre. Le baromètre est à grande pluie, et je ne vois pas à cent pas. Je ne comprends pas trop ce que deviendra le blé avec le vent et la pluie et le froid. Le Times me dit qu'il est tombé quatre pieds de neige à Inverness, où je coucherai lundi prochain. Y aura-t-il assez de charbon de terre et assez de plaids en Écosse pour remédier à tant de maux? Malgré le temps froid et couvert que j'ai eu à Bath et aux environs, le pays m'a beaucoup plu. J'ai vu des collines très-découpées, des arbres magnifiques, et une richesse de verdure dont on n'a pas d'idée ailleurs, si ce n'est peut-être dans les hautes vallées de la Suisse. Mais tout cela ne vaut pas Saint-Cloud ou Versailles par un beau temps. Adieu, chère amie; je suis bien triste et je voudrais être en colère. Je n'en ai pas la force, car je ne vous accuse pas. . . . . . . .

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Voici mon adresse à Glenquoich, mais je n'y serai que dans quelques jours: Care of Rt. Hon. E. Ellice, Glenquoich, fort Augustus.


[CCXXVII]

Glenquoich, 22 août 1860.

Je suis sans nouvelles de vous. . . . . . .

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