Vos coquilles sont arrivées ici sans encombre. Je serai à Paris mercredi ou jeudi prochain. Quand vous voudrez vos commissions, vous viendrez les chercher. Je suis revenu de Florence par terre et me suis fort bien trouvé de cette résolution. La route à partir de la Spezzia est magnifique, autant sinon plus que la route de Gênes à Nice. J'emporte un souvenir très-doux de Florence. C'est une belle ville. Venise n'est que jolie. Quant aux ouvrages d'art, il n'y a pas de comparaison possible. Il y a à Florence deux musées sans égaux. Quand vous irez à Pise, je vous recommande l'hôtel de la Grande-Bretagne. C'est la perfection du confort. J'ai fait la folie insigne, sur la foi d'un journal de Nice, d'aller voir une caverne à stalactites découverte par un lapin. Cela se trouve dans les environs d'un lieu nommé la Colle, en France, mais à deux pas de la frontière. On m'a fait ramper sur la terre pendant une heure pour voir des cristallisations plus ou moins ridicules, des carottes ou des navets pendants de la voûte.—J'ai trouvé ici un désert complet, tous les hôtels sont vides, pas un Anglais dans les rues. Cependant, ce serait le moment d'y aller passer quelques jours. Le temps est superbe, justement assez chaud pour qu'on trouve l'ombre avec plaisir, mais le soleil n'est plus du tout dangereux. Dans deux mois, tout cela sera plein et il y aura un vent du nord des plus désagréables. Les voyageurs sont des moutons très-bêtes. Vous ai-je parlé des cailles au riz qu'on mange à Milan?... C'est ce que j'ai trouvé de plus remarquable dans cette ville. Cela vaut le voyage. Je revois ce pays-ci avec plaisir après en avoir vu tant d'autres qui passent pour magnifiques. Les montagnes de l'Estérel m'ont paru plus petites que les Alpes, mais leurs profils sont toujours les plus gracieux qu'on puisse voir. C'est assez parler de voyage.
Quelles sont vos intentions pour cet automne? Prétendez-vous vous renfermer dans vos montagnes du Dauphiné? Avec vous, on ne sait jamais à quoi s'en tenir.—You look one way and row another.—Adieu. . . . . . . .
[CLXXXVIII]
Paris, 21 octobre 1858.
Me voici de retour dans cette ville de Paris, où je suis assez furieux de ne pas vous rencontrer. Il commence à faire froid et triste, et il n'y a encore personne. J'ai quitté Cannes avec un temps admirable qui est allé toujours grisonnant devant moi à mesure que je m'avançais vers le Nord. Plaignez-moi: j'ai acheté un lustre à Venise qui m'est arrivé avant-hier avec trois pièces cassées. Le juif qui me l'a vendu s'est engagé à me remplacer la casse; mais quel moyen de le contraindre? Je n'ai pas encore pu m'habituer à dormir dans mon lit. Je suis étranger ici et je ne sais que faire de mon temps. Tout serait fort différent si vous étiez à Paris.
J'ai rapporté de Cannes cette bête étrange, le prigadion, dont je vous ai fait le portrait. Elle est vivante, mais je crains que vous ne la trouviez plus de ce monde. Cela vit de mouches, et les mouches commencent à manquer. J'en ai encore une douzaine que j'engraisse. Mes amis m'ont trouvé maigri. Il me semble que je suis un peu mieux de santé qu'avant mon départ. . . . . .
[CLXXXIX]
Paris, dimanche soir, 15 novembre 1858.