Nous ne nous arrêtâmes à New Westminster que le temps de faire quelques emplettes et de nous équiper pour la chasse et la pêche.

Le soir du même jour nous atteignîmes l’embouchure du Fraser et nous arrêtâmes à Point Roberts, limite du territoire américain. Là, nous trouvâmes un matelot retiré, du nom de Joe, qui, en ajoutant aux revenus d’une petite exploitation agricole les produits de la chasse et de la pêche, menait une existence très-confortable. La place ne manquait point chez lui, ni le whiskey, et le gibier et le poisson ne coûtaient que la peine de les prendre. Nous pouvions donc, sans trop nous flatter, compter sur d’agréables loisirs après la saison de rudes labeurs que nous venions de passer.

CHAPITRE XI
NOS VACANCES

Si parmi nos lecteurs il en est qui aient eu le bonheur de voir le golfe de Géorgie, ses charmants rivages et ses îles nombreuses, ils attesteront, je crois, avec moi, qu’il est difficile de rien concevoir de plus beau.

Fermé à ce point que, sur une longueur d’environ 200 milles, ce golfe ressemble à une mer intérieure de 50 à 60 milles de largeur, sa surface azurée est parsemée d’îles innombrables couvertes de forêts vierges au milieu desquelles paraissent çà et là de ravissantes clairières de prairies naturelles. Du côté du continent, l’horizon est fermé par des montagnes aux sommets neigeux, au-dessus desquelles, vers le sud, s’élève majestueusement le cône du mont Baker, volcan éteint d’environ 13 000 pieds de haut. Du côté de l’île de Vancouver s’élèvent aussi des montagnes, mais moins hautes et formant, par la variété de leurs teintes, un ravissant contraste avec celles de la rive opposée.

Le golfe de Géorgie.

De ce côté aussi se montrent plus abondants les signes de la vie sauvage. Les eaux sont çà et là tachetées de blanc par les voiles des canots, et les rives sont bordées de villages indiens dont les habitants, vêtus de couvertures diversement coloriées, font sur le paysage la tache de couleur brillante si chère aux artistes.

Les Indiens n’enterrent point leurs morts; ils les mettent, revêtus de tout ce qu’ils ont de plus précieux, dans des boîtes d’environ un mètre de hauteur et de longueur, sur deux pieds de large, de façon que les genoux se trouvent ramenés à peu près à la hauteur de la tête, et que le cadavre est dans la position affectionnée par les Indiens lorsqu’ils s’assoient en cercle autour du feu. Le cercueil est ensuite hissé assez haut dans un arbre où on l’attache solidement. Tout autour on pend les armes et les instruments favoris du mort.