CHAPITRE X
Entrée solennelle du Roi à Paris.—Marie Mancini demandée en mariage par le prince Charles de Lorraine.—Portrait de Charles IV duc de Lorraine.—Ses divers mariages.—Amours du prince Charles de Lorraine et de Marie Mancini.—Portrait de ce prince.—Son projet d'épouser Marie Mancini traversé par son oncle qui feint de se mettre lui-même sur les rangs.—Comédie jouée par le duc.—Ce que dit Marie Mancini dans ses Mémoires de ses relations avec le prince Charles.—Ses récits mensongers.—Sa présentation à Marie-Thérèse.—Froideur du Roi pour elle et sa cause.—Reproches qu'elle adresse au Roi.—Amours du prince Charles et de Mlle d'Orléans.—Jalousie et vengeance du Roi contre Marie Mancini et le prince Charles.—Projet de mariage entre Hortense Mancini et Charles II, roi d'Angleterre.
Le 13 juillet, la cour était revenue à Fontainebleau et, le 26 août, le Roi faisait son entrée solennelle à Paris [239]. «Paris, dit Voltaire, vit avec une admiration respectueuse et tendre cette jeune Reine, qui avait de la beauté, portée dans un char superbe, d'une invention nouvelle, et le Roi à cheval à côté d'elle, paré de tout ce que l'art avait pu ajouter à sa beauté mâle et héroïque, qui arrêtait tous les regards [240].»
Ce mariage, qui mettait fin à une si longue guerre, était l'œuvre du Cardinal. Il était parvenu au comble de la puissance et de la gloire. Les princes recherchaient des alliances dans sa famille, comme s'il se fût agi de celle du plus grand roi. Il vit à ses pieds le duc de Lorraine, Charles IV, et le neveu de ce prince, son héritier présomptif, le beau Charles de Lorraine, se disputer la main de Marie Mancini; il vit le duc de Savoie lui offrir d'épouser une de ses nièces, à la condition qu'on lui rendît Pignerol; il vit enfin la reine de la Grande-Bretagne, la fille de Henri IV, après qu'elle eut accompli le mariage de la princesse sa fille avec Monsieur, frère du Roi, lui demander de nouveau pour son fils Charles II, remonté depuis deux mois à peine sur le trône, la main d'Hortense.
Quelques mots sur ces divers projets d'union, dont les deux premiers surtout font incidemment partie de notre sujet.
A dire vrai, la demande de la main de Marie Mancini par Charles IV, duc de Lorraine, ne fut qu'une comédie; mais, pour en saisir le secret et l'intrigue, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails sur la personne et sur la situation de ce duc à l'égard de Louis XIV.
«Ce prince qui, suivant l'expression de Voltaire, passa sa vie à perdre ses États et à lever des troupes», était devenu, depuis son avénement, l'implacable ennemi de la France. D'abord, il avait reçu à sa cour Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII, qui, à la suite d'une conspiration contre Richelieu, et pour se soustraire à la vengeance du terrible Cardinal, était venu lui demander un refuge. Puis, non content de cela, il lui avait fait épouser sa sœur Marguerite. Enfin, il s'était déclaré l'allié de l'empereur Ferdinand II et il avait mis ses troupes à sa disposition.