Mme Colonna écrivit au Roi une lettre, qui devait lui être remise par le fidèle Pelletier, et dans laquelle elle le suppliait de lui indiquer dans quelle maison il désirait qu'elle vécût à Paris. Elle lui demandait en même temps d'autoriser sa sœur à retourner à la cour, en la mettant à l'abri des poursuites du duc son mari, et de les autoriser l'une et l'autre à loger au palais Mazarin.

Cependant, M. de Saint-Simon avait passé à Aix pour faire à la connétable, de la part de son mari, des propositions semblables à celles du capitaine Manechini, mais elle les avait accueillies de la même façon. Sur quoi, M. de Saint-Simon s'était rendu à Paris pour demander au Roi, au nom du connétable, et même du Pape, la remise entre ses mains de Mme Colonna pour être reconduite à Rome.

Voulant prévenir le coup qui la menaçait, la connétable (sans attendre le retour de Pelletier qui avait été détroussé par des voleurs et même assez gravement maltraité pour ne pas pouvoir de sitôt continuer son chemin) résolut de partir sur-le-champ. Elle avait passé un mois à Aix [333].

Un chevalier de Mirabeau, capitaine des gardes du duc de Vendôme, s'offrit galamment à l'accompagner avec six gardes, et il «la régala magnifiquement», elle et sa sœur, dans son château de Mirabeau [334]. Elles y attendirent, pendant six jours, le retour de Pelletier, et, voyant qu'il n'arrivait pas, Mme Colonna, dans la crainte qu'on lui défendît de s'approcher de Paris, résolut de prévenir cet ordre et de s'y rendre en toute diligence.

Le chevalier de Mirabeau accompagna les deux sœurs jusqu'au Pont-Saint-Esprit [335]. Là, Hortense ayant appris qu'elle était poursuivie par le terrible Polastron, capitaine des gardes de son mari, s'enfuit à Chambéry, accompagnée du chevalier d'Anne et de la moitié des gardes de M. de Mirabeau. De son côté, Mme de Colonna poursuivit son chemin jusqu'à Grenoble.

Là elle reçut une lettre de la reine Marie-Thérèse, qui, en l'absence du Roi, alors à la tête de son armée en Hollande, la priait, «en termes fort obligeants», de ne pas passer plus avant du lieu où cette lettre la trouverait, «ajoutant qu'elle ne doutait point que ce ne fût l'intention du Roi [336]».

Mme Colonna s'empressa d'obéir. Le duc de Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné, qui, de son côté, avait reçu ordre de ne pas la laisser passer outre, invita la princesse à loger chez lui ou à l'Arsenal.

A quelques semaines de là, les deux sœurs se trouvaient réunies à Grenoble, où elles s'étaient donné rendez-vous [337]. Ce fut en ce lieu que vint enfin les rejoindre Pelletier, qui était porteur d'une lettre du Roi pour la connétable. Au lieu de lui permettre de se rendre à Paris, il lui conseillait de se retirer dans un couvent, «pour arrêter la médisance qui donnait de méchantes interprétations à sa sortie de Rome [338].» Le Roi ajoutait, en ce qui touchait Hortense, que les conditions de sa séparation avec son mari étaient toujours les mêmes.

La connétable, entraînée par son esprit romanesque, et s'imaginant que sa vue seule opérerait un miracle, prit la résolution de passer outre et de se rendre à Paris. Écoutons-la elle-même, car rien ne saurait rendre l'intérêt qu'offre son propre récit: