«Le général en chef saisit cette occasion de rappeler à tous les individus qui composent l'armée, ou qui lui sont attachés, combien est pernicieux l'usage immodéré que font quelques-uns d'entre eux de l'eau-de-vie et autres liqueurs fortes: outre les excès de tout genre auxquels se portent les hommes qui sont ivres, excès qui quelquefois leur coûtent la liberté, la vie, ou, ce qui est encore plus, l'honneur, l'usage immodéré des liqueurs fortes rend ceux qui s'y livrent plus disposés à contracter l'affreuse maladie de la peste. Toutes les observations faites par les hommes les plus attentifs, et par tous les officiers de santé de l'armée, prouvent que la contagion se développe plus souvent dans les maisons de débauche, dans celles des cantiniers, et dans les cabarets que dans tout autre lieu; que de vingt individus attaqués de la peste, quinze au moins sont des hommes reconnus pour être ivrognes, ou se livrant journellement à des excès d'eau-de-vie;
En conséquence le général en chef ordonne à tous les officiers-généraux, chefs de corps, et autres officiers de tous les grades de punir sévèrement tous les hommes qui s'enivrent. Le bon ordre et la santé des individus de l'armée exigent ces mesures sévères.»
Signé Abd. J. Menou.
Le 18, les officiers de santé en chef de l'armée reçurent des recherches et des conjectures sur les causes de l'insalubrité de Rosette et d'Alexandrie, par les citoyens Viard, chirurgien du quinzième régiment de dragons, Robert, chirurgien de la quatrième demi-brigade d'infanterie légère, et Cousté, chirurgien de la dix-huitième demi-brigade d'infanterie de bataille.
L'ordre du jour du 22 contenait l'article suivant:
«Le général en chef est mécontent du peu de soin qu'on met à enterrer les morts: les endroits destinés aux sépultures, principalement ceux qui avoisinent les hôpitaux, ressemblent plus à des voiries qu'à des cimetières. Le général en chef recommande la plus grande surveillance, soit aux directeurs, soit aux commissaires des guerres chargés de la police des hôpitaux: ils doivent exiger la stricte exécution des règlements à cet égard; ce sont des mesures qui tiennent à la décence et à ce que nous devons à nos restes: partout elles sont nécessaires; elles le deviennent encore plus pour nous qui vivons au milieu d'un peuple qui a pour les morts le respect le plus religieux. Les généraux commandant les provinces et les places tiendront la main à l'exécution du présent ordre.»
Il continua de régner au Kaire, pendant ce mois, une fièvre éphémère, qui s'était manifestée à l'époque de l'ouverture du Calich, qui avait eu lieu dès le 29 thermidor; le Nil marquait alors à la colonne du mekias de l'île de Rhouadah seize coudées, et était déjà arrivé au terme des crues de l'an VII au 2 vendémiaire.
Voici le tableau de cette fièvre, fidèlement tracé par le citoyen Barbès:
«Une légère fièvre, de la tribu des catarrhales, règne depuis l'ouverture du Calich: la cause d'une indisposition aussi répandue, surtout dans l'armée, a été attribuée à l'humidité augmentée par la crue subite et considérable du Nil, et peut-être aussi l'eau jetée en abondance dans les rues du Kaire pour les arroser.
Presque tous les malades se plaignent au moment de l'invasion de ne plus suer, de ne plus même transpirer; cette constriction des pores cutanés occasionne des lassitudes et des malaises. Nos concitoyens répètent à l'envi qu'ils son convaincus de la justesse de l'usage du pays, qui veut que l'on substitue la question obligeante, Suez-vous? à celle, Comment vous portez-vous?