L'armée se remit en marche le 22 au lever du soleil pour aller à Rahmanyéh. À neuf heures et demie on aperçut le Nil; et tout le monde courut avec des cris de joie s'y précipiter pour étancher sa soif.
Le général Berthier a suffisamment fait connaître, dans son histoire de l'expédition, ce que l'armée eut à souffrir dans ces circonstances, soit de la fatigue des marches, soit de celles inséparables de la bataille et du combat naval de Chébreisse, de la bataille des Pyramides, et des actions de tous les jours et de tous les instants avec cette nuée d'Arabes qui voltigeaient autour de l'armée comme des vautours: mais il y eut des faits particuliers relatifs à notre objet.
Quelques hommes se portèrent au dernier désespoir, et d'autres, s'étant abandonnés à des accès de fureur, se trouvèrent subitement saisis d'un affaissement qui les arrêta dans leur marche. L'exemple du général en chef, celui de son état-major, et de tous les chefs bravant les mêmes fatigues et les mêmes privations, soutint la patience de l'armée.
L'excès avec lequel plusieurs hommes avaient bu les incommoda; mais ils furent plus affectés par l'intempérance avec laquelle ils se gorgèrent de pastèques (cucurbita, citrullus, Lin.) qui ont au reste nourri et sauvé l'armée. Les hommes attaqués de ces indigestions étaient saisis d'une sueur surabondante, à la suite de laquelle ils semblaient presque asphyxiés; leur pouls était faible, lent, et presque imperceptible, leur bouche était écumeuse, et leur prodigieux affaissement n'était interrompu que par des tremblements tels que ceux qui se manifestent dans les accès d'épilepsie; souvent il y avait un léger vomissement. Les cordiaux agirent avec succès.
Après la bataille des Pyramides on établit un hôpital à Gizeh dans une portion de la vaste maison de plaisance de Mourad-bey, et on y reçut les blessés, les fiévreux presque tous dysentériques, et les hommes déjà très nombreux attaqués d'inflammation des yeux.
Le général en chef fit son entrée victorieuse au Kaire le 7 thermidor; et on s'occupa de suite avec beaucoup d'activité à former des établissements pour recevoir nos malades dans les plus belles maisons des beys fugitifs.
J'adressai le 25 une circulaire aux médecins de l'armée sur un plan propre à rédiger la topographie physique et médicale de l'Égypte.[1]
Le général en chef avait établi en arrivant dans cette contrée une administration destinée à faire exécuter, autant que les circonstances et les localités pourraient le permettre, les règlements sanitaires adoptés dans plusieurs ports de la Méditerranée. Il avait placé à la tête de cette administration, sous le titre d'ordonnateur des lazarets, le citoyen Blanc, un des anciens conservateurs du lazaret de Marseille, le plus vaste, le plus commode, et le mieux administré de l'Europe. Les sous-chefs furent particulièrement choisis parmi les anciens capitaines du commerce, et les gardes de santé parmi les marins de tout grade, tous habitués à la navigation du levant.
On créa à-peu-près dans le même temps une commission, puis un bureau de santé particulier pour les villes du grand Kaire, du Vieux-Kaire, et de Boulak. Je me fis rendre compte, pendant leur durée, de leurs délibérations par l'un des médecins de l'armée, qui y était attaché, et j'eus souvent occasion de me réunir à eux pour l'exécution de plusieurs mesures utiles qu'ils avaient proposées.
Le conservateur de la santé publique à Alexandrie fit passer au chef de son administration au Kaire trois procès-verbaux, du 27 messidor, 21 et 22 thermidor, desquels il résultait authentiquement: