Une lettre du citoyen Salze, médecin de l'armée, employé à Alexandrie, écrite de la même date et reçue le même jour que la précédente, annonçait que les ravages de l'épidémie continuaient dans cette place, que les hôpitaux militaires no 1 et 2 étaient contaminés et en quarantaine de rigueur depuis trois jours; que le nombre des morts se portait à plus de trente dans la dernière quinzaine, et que la contagion était même répandue dans le camp. On continuait à prendre des mesures pour l'isolement, et l'on formait un établissement destiné aux convalescents. Les officiers de santé chargés en chef des hôpitaux, dont le zèle se trouvait enchaîné par des ordres peut-être nécessaires dans ces circonstances difficiles, dirigeaient par leurs avis le service du lazaret confié à des officiers de santé des classes inférieures qui se trouvaient retenus en quarantaine rigoureuse près des malades, et qui ont depuis succombé sans donner aucun renseignement sur la marche, l'issue de la maladie, et les tentatives de traitement.

Le citoyen Masclet, chirurgien de première classe, qui avait reçu des témoignages aussi publics qu'honorables de la satisfaction du général en chef pour son dévouement dans le traitement de cette épidémie, mourut également à Alexandrie.

Tandis que les autorités militaires, l'administration et les officiers de santé prenaient tant de précautions, et qu'ils prodiguaient tant de soins pour combattre ce fléau, quelques égoïstes glacés abandonnaient les malheureux; des lâches exaltés semaient publiquement leurs terreurs; et d'autres hommes aussi méprisables et plus criminels que les premiers, trafiquant des effets des morts quand ils ne dépouillaient pas les vivants, allaient propageant partout la contagion. Le général en chef reçut à ce sujet une lettre très détaillée de son aide-de-camp, le citoyen Lavalette, dans laquelle il lui peignait ce tableau déchirant d'une manière qui honore sa sensibilité. (Lettre d'Alexandrie 17 nivôse, arrivée au quartier-général vers la fin du même mois.)

Les lettres du général Dugua et celles du citoyen Savaresi, du 28 nivôse, annonçaient que l'épidémie cessait à Damiette, mais qu'on y perdait beaucoup de militaires de la dysenterie: on réclamait du vin pour les hôpitaux.

Le général Verdier écrivait, en date du 29 nivôse, de Mansshoura, au général en chef, une lettre renvoyée à l'ordonnateur des lazarets, et au médecin en chef, par laquelle il annonçait que la deuxième demi-brigade d'infanterie légère, arrivée de Damiette depuis le 24 du même mois, avait apporté avec elle la maladie régnante à Damiette, et qu'il était déjà mort plusieurs hommes; ce général accompagne ce récit de celui des précautions qu'il a prises pour isoler les malades et le corps entier, ainsi que pour leur procurer des couvertures pour passer les nuits; et il observe avec raison que l'état de nudité de cette demi-brigade influe évidemment sur sa santé. Venue de l'armée de Sambre et Meuse avec le général Bernadotte, elle était peut-être aussi moins susceptible de s'acclimater que les troupes qui avaient fait toutes les campagnes d'Italie.

Pour terminer ce qui concerne cette partie de l'Égypte, je copie encore une note du général Vial.

La population de Damiette a perdu dans l'épidémie, pendant l'hiver et le printemps de l'an 7, environ cinquante musulmans et quinze chrétiens.

À Mansshoura, dont la population n'est pas la moitié de celle de Damiette, il est mort huit, dix et jusqu'à douze habitants par jour.

Farascour perdait moins de monde; cette ville est plus voisine de Damiette que Mansshoura, mais elle avait moins de communications avec elle.

À Samanhout, il n'y a eu qu'un accident connu, et pas un seul en remontant le Nil jusqu'au Kaire.