Le 6, au matin, il y avait dans cette place cent soixante-dix fiévreux, et le soir deux cents cinquante, fournis dans le jour par l'évacuation du mont Carmel et quelques traîneurs.
Il y avait le plus grand encombrement dans les établissements; tout manquait au soulagement des malades, local spacieux, officiers de santé, médicaments, employés et sous-employés d'administration.
Quelques militaires intelligents avaient établi d'eux-mêmes l'ombre d'organisation qui subsistait encore. On a parlé, page 52, d'un chrétien du pays qui fut fort utile: cet homme, presque toujours ivre, ronflait une partie du jour, et souvent exposé au soleil, sur un banc de pierre qui était à la porte de l'hôpital; j'ai vu des soldats, pour le tirer de cette espèce de léthargie, le réveiller brusquement, et même le conduire à grands coups de bâtons dans leurs salles, et se faire panser et opérer par lui; et il est digne d'observation qu'après avoir ouvert les bubons, ou enlevé des charbons, il essuyait légèrement ses bistouris, et les plaçait entre son front, souvent couvert de sueur, et son turban, sans qu'il en soit résulté aucun inconvénient.
Le commandant de la place avait désigné une maison isolée pour les convalescents. Elle en contenait à notre arrivée près de cinquante qui rentrèrent dans leurs corps pendant que l'armée campa devant Jaffa.
Je fis partir le même jour le citoyen Pugnet, pour qu'il prît soin d'une cinquantaine de nos malades, que l'on évacua sur Cathiéh, sous l'escorte d'un bataillon de la vingt-deuxième demi-brigade d'infanterie légère.
Le 7, sur deux cents malades existant dans l'hôpital, cinquante seulement pouvaient être évacués sur des montures; le reste ne pouvait l'être que sur des voitures ou des brancards. Parmi ces derniers un grand nombre était sans aucun espoir de guérison, et il était probable qu'il en périrait quinze, vingt, et jusqu'à 25 par jour. Je fis sentir à l'autorité supérieure l'inutilité et les dangers d'une évacuation de malades réduits à cette extrémité (no 231 et 232 de ma correspondance.)
Ayant vu une grande quantité de soldats se gorger d'abricots verts, je remis la note suivante au chef de l'état-major-général, qui la fit insérer dans l'ordre du jour (no 233 de ma correspondance).
Au camp de Jaffa, le 8 prairial an VII.
«Les fruits qui ne sont pas bien mûrs sont très nuisibles; ils produisent au moins des digestions difficiles, souvent des diarrhées et des dysenteries: ces indispositions ou ces maladies jettent dans une grande faiblesse et rendent incapable de supporter les fatigues de la guerre.»
Le soir du même jour le mouvement de l'hôpital était de cent cinquante malades; mais d'après un examen plus attentif je déterminai vingt à vingt-cinq hommes à rentrer au camp.