Ces déclarations, reprises le lendemain du généreux pardon de Kléber, n'ont éprouvé depuis aucune interruption; je les ai recueillies jusqu'au jour de l'évacuation, et elles seront un témoignage authentique et précieux de la confiance, de l'attachement, et des regrets des habitants.

Pour ne point répéter ce que d'autres ont dit, ou ce qui se trouve dans d'autres pages de cette histoire, je me borne à remarquer qu'il résulte de ces tables, relevées d'après environ douze mille mouvements particuliers:

1o Que le nombre des femmes est plus grand que celui des hommes, et que les maladies des unes et des autres ont été généralement bien connues par Prosper Alpin, dont l'expérience se trouve confirmée par la nôtre.

2o Que la mortalité des enfants a surtout lieu dans les premières six semaines de leur existence, et en général au-dessous de neuf mois.

3o Qu'indépendamment des accidents de la dentition communs à tous les pays, la petite vérole est la plus meurtrière de toutes les maladies; et qu'elle moissonne communément plus d'enfants que la peste: car je ne parle pas de celle de cette année (IX de la R. F.) qui a enlevé plus de cent mille personnes dans la Haute-Égypte.

4o. Que les enfants des européens, des juifs, et des nombreux chrétiens de Syrie, établis au Kaire, se développent très difficilement.

5o. Que les femmes, dont la menstruation commence et finit de bonne heure, et qui sont très fécondes, ne parviennent point à un âge aussi avancé que les hommes.

6o. Que les hommes vivent en général longtemps; que plusieurs fournissent une carrière de près d'un siècle, car on ne peut rigoureusement assigner l'âge de personne au-delà de la première jeunesse.

Je désire que ces tables offrent à la statistique une base qui puisse servir à déterminer la population; on avait ouvert dans les derniers temps des registres de naissance qui l'auraient un jour fait connaître avec exactitude. Au reste ces tables, que j'envisageais sous un autre point de vue, m'apprenaient journellement ce que j'avais lieu d'espérer ou de craindre pour la conservation des garnisons du Kaire, ou pour celle des différents corps d'armée que des opérations militaires réunirent souvent dans l'enceinte ou dans les environs de cette grande ville.

Tables nécrologiques du Kaire, an 7.