—Pauvre ami, lui dit-il, que vous êtes changé!

Le concile de Saint-Boniface fini, et sur les représentations de Mgr Taché, Mgr Faraud donna sa démission de vicaire apostolique et de supérieur des missions de l’Athabaska-Mackenzie. Ce lui fut un dur sacrifice. Il exprima le désir que l’on nommât le Père Grouard pour son successeur. Sa prière fut exaucée. Mais il ne devait l’apprendre qu’au ciel.

Espérant cependant rester toujours au service du cher vicariat, il acheta, à Saint-Boniface, une maison dont il confectionna lui-même les meubles, et dont il disposa les appartements en vue d’y recueillir les vétérans du Nord, à mesure qu’ils tomberaient de vieillesse ou d’infirmités. Il écrivait à Mgr Clut:

La maison dont j’ai fait l’acquisition est moins pour moi que pour tous les preux, vieux, infirmes, épuisés de fatigue de notre triste Nord. Je ne serais plus père, le jour où, par manque de prévoyance, j’aurais exposé mes enfants, les braves des braves, à devenir le rebut de la terre. Ils ont bien fait leur journée: payons-les généreusement!

Lui-même comptait écouler dans ce refuge, auprès de Mgr Taché, et «en les consacrant au salut de son âme, ses dernières années.»

Hélas! l’aube des derniers jours se levait déjà.

Il s’occupa encore, au printemps 1890, de l’expédition des effets du Mackenzie, sans oublier même les «douceurs maternelles».

—Allez m’acheter une petite balance, dit-il, au Frère Boisramé, et surtout qu’elle soit exacte!

Sur cette balance, il pesa scrupuleusement les trois livres de sucre par missionnaire, que les moyens permettaient désormais d’allouer annuellement.

De sa «maison-palais», ainsi qu’il l’appelait en riant, il ne sortait que pour visiter Mgr Taché: