La famine épargna moins que toute autre la mission de la Nativité. L’hiver 1887-1888 vit l’une de ces impasses, où plusieurs fois les pères et les religieuses crurent qu’il n’y aurait plus de lendemain pour leurs orphelins. Tout avait fui: les poissons, les orignaux, les rennes, même les lièvres. Tous les sauvages jeûnaient. Plusieurs ne sauvèrent leur vie qu’en se repaissant de cadavres.

Un camp de Cris qui, jusque-là, s’était obstiné dans l’infidélité, fut dévasté, durant cette famine, par deux jeunes filles qui s’étaient fortifiées, alors que les autres s’affaiblissaient, en mangeant le premier qui avait succombé. Elles assommèrent ensuite, pour les dévorer à mesure, 29 de leurs parents et voisins. Le camp terrorisé se décida à chercher refuge auprès des missionnaires, qu’ils avaient toujours méprisés. Ils trouvèrent dans le cœur des prêtres tant de charité qu’ils voulurent prier avec eux. Le chef renonça à la sorcellerie, abandonna ses femmes illégitimes et devint un chrétien modèle.

Les missionnaires des Montagnais, à la Nativité, furent, de 1847 à 1920, les Pères Taché, Faraud, Grollier, Grandin, Clut, Grouard, Eynard, Tissier, Laity, Pascal, de Chambeuil, Croisé, Laffont, Bocquené, Riou, Le Treste et Mgr Joussard.

Le missionnaire des Cris a été, depuis 1875, le Père Le Doussal.

Du journal que ce dernier rédigeait, comme supérieur de la mission, en 1908, nous citerons un passage à l’honneur de Notre-Dame de Lourdes, que les Oblats de la Nativité ont toujours regardée comme «la divine missionnaire» priant et travaillant avec eux:

18 juin: Incendie de la vieille maison, qui servait de hangar, par suite de l’imprudence d’un engagé qui y était allé la nuit, et avait jeté l’allumette qui l’avait éclairé. Au bout d’une heure toute la bâtisse n’était qu’un vaste bûcher. Pour comble d’alarme, la grande maison que nous habitons ne tarda pas à être atteinte et à flamber, en haut du pignon ouest et du toit. Tout semblait perdu, parce que les moyens de sauvetage ne permettaient pas d’arriver jusque-là. Au milieu de l’épouvante générale, on fit à Notre-Dame de Lourdes un vœu par lequel on s’engageait à célébrer en son honneur une neuvaine de messes et à faire autant de communions qu’il y avait de frères et de religieuses à la mission; et chose inexplicable, moins de deux minutes plus tard, le feu s’arrêtait et, un quart d’heure après, tous les dangers étaient conjurés. Les pertes ont été sans doute assez considérables. Malgré cela, elles n’ont été rien en comparaison du désastre qui menaçait notre maison, l’église et le couvent.

Deux des missionnaires de l’Athabaska-Mackenzie doivent trouver leur place d’humble relief en ce chapitre des Montagnais: l’un, le Père Eynard, parce qu’il repose au cimetière du lac Athabaska; l’autre, S. G. Mgr Grouard, parce que la Nativité fut le berceau de sa vie religieuse, et que, devenu évêque, ce fut à cette mission qu’il donna les premières et peut-être les plus tendres sollicitudes de son âme.

Le Père Eynard (1824-1873)

Germain Eynard, né à Gênes, en 1824, était un converti. Si sa foi n’avait pas sombré, elle avait du moins subi une entière éclipse, pendant ses études à l’Université et à l’Ecole polytechnique. Ses examens lui valurent des diplômes de haute distinction et un grade élevé dans l’administration gouvernementale des eaux et forêts. Absorbé par son application au travail, il avait passé au-dessus des fanges, sans se souiller. Mais son cœur s’était éloigné de Dieu.

Le premier instrument de la grâce fut la servante de son domicile de Longuyon.