Le 1er août 1891, Mgr Taché lui donne la consécration épiscopale, à Saint-Boniface.
Nous avons dit, au chapitre quatrième, quelle impulsion Mgr Grouard imprima au vicariat d’Athabaska-Mackenzie. Institutions de tous genres, bateaux à vapeur, moulins mécaniques apparurent dans les solitudes glaciales étonnées. Sans repos, l’évêque voyagea, quêta, construisit. Des incendies lui dévorèrent des établissements de première importance, comme la scierie de la Nativité, le couvent-orphelinat du Vermillon: il les refit. Aucune épreuve ne lassa son courage.
A la fin du dernier siècle, la ruée des mineurs sur le Youkon, à l’assaut de l’or et de la misère, lui firent trouver que son vicariat était devenu trop vaste, et il en demanda la division. Elle lui fut accordée en 1901.
Il cédait le Mackenzie et le Youkon à Mgr Breynat, et gardait l’Athabaska, avec les plaines fameuses de la rivière la Paix.
Il y a trente ans aujourd’hui que Mgr Grouard est évêque, et soixante ans qu’il est missionnaire. A-t-il vieilli? Lui-même admet que l’âge véritable est celui du cœur, et il le dit à son supérieur général:
«—Je n’ai pas roulé tout ce temps dans les neiges du Nord, sans que ma barbe en prit la teinte. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’en dépit de l’âge et des glaces du pôle, vous retrouverez le même cœur.»
Qu’il serait captivant de suivre, à leur trace, les voyages d’une telle carrière, à la poursuite des âmes! Sed non hic locus. Quelques esquisses, cueillies à fleur des récits qu’il fit lui-même aux annales des missions, nous convaincront que la vie ambulante du vicaire apostolique est encore en harmonie avec la vie vagabonde de l’ancien simple soldat.
On l’appelle tout à coup, en 1898, à un chapitre général des Oblats:
Je partis donc, le 5 février, de la Providence, et j’arrivai, le 26 mars, à Saint-Albert. Cela faisait près de 1.500 kilomètres, dont j’ai parcouru la bonne moitié à la raquette, et le reste en traîne à chiens, campant presque tout le long du chemin dans la neige, à la belle étoile.
En 1900, il refait, à pied et en canot alternativement, le voyage de Mgr Clut au Youkon-Alaska. Seulement, c’est par la rivière au Rat, meurtrière à tant de mineurs, qu’il escalade les montagnes Rocheuses: