Notre-Dame des Sept-Douleurs du Fond-du-Lac.—Le renne de la Terre stérile et les Mangeurs de Caribous.—Missionnaires VISITEURS.—Mgr Albert Pascal.—Le divin Solitaire.—Evêque de Prince-Albert.—Mgr Gabriel Breynat.—Prémices de Liége.—Elève du P. de Chambeuil.—Deuils sur deuil.—Membre gelé.—Construction de maison-chapelle et fabrication de jardin.—Famine de 1899.—Missions aux camps sauvages.—Bouquets d’adieu.—Vicaire apostolique du Mackenzie.—The bishop of the wind.
La mission de Notre-Dame des Sept-Douleurs, au Fond-du-Lac Athabaska, est l’un de nos joyaux apostoliques.
Son nom pris à la Reine des Martyrs, son isolement, la sincérité de ses sauvages en ont fait la préférée des missionnaires, ses pasteurs. Ils eurent beau la quitter pour entreprendre des œuvres plus grandes, devenir même évêques et conduire des diocèses, c’est à Notre-Dame des Sept-Douleurs que toujours revinrent leurs affections, comme l’hirondelle au nid de ses printemps.
Le lac Athabaska, dont la largeur principale est de 30 kilomètres, s’étend, de l’est à l’ouest, sur une longueur de 350 kilomètres. Le véritable fond du lac est marqué, à l’est, par l’embouchure de la rivière Noire; mais le Fond-du-Lac, tel que désigné par les commerçants et les missionnaires, se trouve à 70 kilomètres en deçà de l’extrémité réelle, et à 280 kilomètres, par conséquent, de la mission de la Nativité. Les bords du lac, s’y rapprochant plus qu’en tout autre endroit, forment un détroit de près de deux kilomètres seulement, où le poisson vient se masser aux époques de la migration, et où le renne, qui recherche les passages resserrés, vient franchir le lac, soit à la nage, soit sur la glace. Les trafiquants trouvèrent là le rassemblement des chasseurs indiens, et ils y fixèrent le fort-de-traite.
Sous un ciel de Monaco, avec ses deux vues sur l’immensité des eaux bleues, un tel Fond-du-Lac serait de toute magnificence. Mais, au Fond-du-Lac subarctique, la maison du missionnaire, perchée parmi les loges indiennes sur des falaises sans rempart, ne saurait perdre une rafale des tempêtes.
Le charme particulier de la mission de Notre-Dame des Sept-Douleurs lui vient de ses beaux grands sauvages bronzés, qui n’eurent que peu de contact avec les Blancs et leurs vices. Ce sont des Montagnais, de même souche et de même dialecte que ceux de la Nativité, mais d’un sang resté sans alliage. Le nom qu’ils se donnent, Etshen Eldeli, Mangeurs de Caribous, indique assez leur mode d’existence.
Le caribou n’est autre que le renne de la Laponie et du Labrador. On n’ignore pas que ce mammifère ruminant constitue une espèce de cervidés propre à l’hémisphère boréal. Il est caractérisé par un pelage bai-brun largement pommelé, une crinière couvrant les fanons de la gorge, une ramure longue et déliée chez les deux sexes, des jambes courtes et épaisses, de larges sabots fendus et un muffle rappelant celui de l’âne. Sa taille ne dépasse guère 1 m. 20.
Le renne, par sa chair, sa peau, son poil, ses os, son bois et la corne de ses pieds, peut fournir à l’Indien toute sa subsistance, tout son vêtement, tout son logement. Son lait serait gras et délicieux. Quoique très farouche par nature, il s’apprivoise bientôt et devient l’incomparable coursier des neiges. Les Lapons l’attellent à leurs traîneaux. Mais les Peaux-Rouges croient que si l’on capturait l’un de leurs caribous, son esprit irait raconter aux autres caribous que la liberté de la race a été odieusement violée, et que tous déserteraient le pays déné. Aussi, le gouvernement canadien s’est-il buté à un échec aussi total que coûteux, il y a quelques années, dans une tentative d’importer au Mackenzie des rennes domptés de Terre-Neuve et d’enseigner aux Indiens l’art de s’en servir.
Le domaine privilégié du renne est la Terre Stérile (Barren Land), qui borde l’océan Glacial.
La Terre Stérile, dépourvue de toute végétation forestière, est couverte d’une mousse blanchâtre, épaisse et tendre, qui ne semble tirer sa sève que des rochers qu’elle tapisse. Cette mousse est la nourriture recherchée du renne. Il la broute, tout l’été polaire, dans les steppes de la Terre Stérile, sous le soleil sans nuit. Aux approches du froid, il se met en marche vers le sud ou le sud-ouest, afin d’hiverner dans les forêts limitrophes de la Terre Stérile. Il ira, dans ces forêts qui rejoignent le Grand Lac de l’Ours, le Grand Lac des Esclaves et le lac Athabaska, aussi loin qu’il y rencontrera l’abondance des mousses arctiques.